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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Chronique d'un monologue.

Publié par konrad sur 27 Janvier 2014, 19:43pm

Catégories : #Ma prose en 2014

Magdalena Wanli. Photographe.

Magdalena Wanli. Photographe.

Le destin m'a rattrapé. Mon karma diront certains, peu importe.

Il m'a rattrapé et coincé tel un fugitif de polar pour être mis face à des faits incontestables impossibles à nier. Inutile de mentir, vain de fuir.

Mais rattrapé n'est peut-être pas le mot juste car, rendons lui justice, il ne m'a jamais poursuivi. Il s'est contenté d'attendre que je sois fatigué de tourner en rond pour me tendre une chaise.

Mais que s'est-il passé au juste pour que j'ai le sentiment de me retrouver à la case départ ? Où cela a-t-il cloché ?

Il faut remonter à l'origine de la cavale.

A cette idée que l'on avait de moi, cette image que l'on voulait me coller sur le dos et qu'instinctivement j'ai repoussé avec véhémence comme si elle usurpait mon identité.

Allez savoir ce qui se passe dans la tête d'un gamin de cet âge qui n'a pas trop de jugeote, tout est excessif ! J'ai imaginé, dieu sait pourquoi, qu'on voulait me faire endosser un paletot crasseux et puant. L'idée était insupportable ! Sans chercher à comprendre leur intention, qui n'avait rien de malveillant, j'ai fichu le camp tout simplement.

S'en est suivi un parcours erratique fait d'occasions, de rencontres et de circonstances. Cela avait le goût de l'aventure et de l'improvisation. Chaque jour s'écrivant le matin même, le temps s'écoulait bohème, insouciant du lendemain.

Toutefois il m'arrivait d'avoir le sentiment d'être suivi, épié. Cela dans les moments où mon humeur était mélancolique. J'étais alors envahi d'une sorte de nostalgie sans attaches, une espèce de rêve narcotique dans lequel je croyais deviner au détour d'une rue, dans l'embrasure d'une porte ou derrière une fenêtre une ombre furtive, subreptice, qui invariablement me portait à penser qu'il s'agissait de mon destin. Comme s'il se rappelait à moi de cette façon, par des signes énigmatiques à ma raison mais compréhensibles à mon intuition.

Cela me perturbait et me mettais dans un état de confusion qui paralysait toute action, d'autant plus que je n'arrivais jamais à mettre la main sur ce fantôme. Car c'était bien ça le plus effrayant, un fantôme sans forme fuyant... La réalité tentant d’accaparer mon attention.

Assis là maintenant, impuissant, ma colère gronde. Par réflexe je cherche à m'échapper, je me débat mais les liens se resserrent. Chaque effort pour me libérer m'immobilise davantage.

Je repense à mes professeurs, à mes maîtres qui, s'ils me lisent, doivent être dépité devant tant de stupidité. Ne m'ont-ils rien enseigné ? N'ai-je donc rien retenu de leurs leçons ?

L’aveu qu'après toutes ces années je n'ai pas compris grand chose ne me rempli pas de honte. Je n'ai jamais su me pencher sérieusement sur quoi que ce soit. Oui certains ont pu s'affranchir de leur destinée, oui ils ont dépassé leurs déterminismes. J'en conviens. Mais cela n'est pas mon cas. Et il n'y a aucun jugement de valeur, c'est un fait !

Mon destin me fait face. Pire il m'hypnotise tel un serpent la proie qu'il sait à sa merci. C'est ma dernière heure, maintenant ou jamais, quitte ou double.

Longs silences, l'énigme est à hauteur de mon entendement. Une idée germe. Si toutes mes tentatives de fuite ont été vouées à l'échec c'est que la stratégie n'est pas la bonne. Le destin n'est pas à combattre ou à fuir, cela ne sert à rien, il est l'ombre qui colle à la peau. Mais s'il ne dit rien il montre quelque chose. Ce qu'il montre c'est une image floue dans laquelle je pense reconnaître quelque chose qui me ressemble.

A mesure que cette image prend forme, elle prend sens ; je sais qu'elle est moi ! Un moi confus dans ma représentation mais parlant, qui invite à assimiler sa substance. Le doute s'estompe, la peur s'efface. Je saisis la nécessité de le voir tel qu'il est et non pas tel que je voudrais qu'il soit.

En percevant ce potentiel je gagne en joie et en légèreté, il n'est plus l'ennemi, il devient le partenaire. Je comprends que la vraie richesse est d'embrasser tous les visages du multiple, de s'y reconnaître en trouvant simultanément en soi le fond d'unité qui les relie ensemble.

Oui mes maîtres vos leçons n'auront pas été vaines, mêmes tardives, elles m'enseignent de quoi devenir un peu moins ignorant, du moins j'ose le penser.

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