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Journal d’un métaphysicien de passage

Journal d’un métaphysicien de passage

Déambulation itinérante parmi des lectures, des idées, des rencontres, des sensations à propos du sens, du qui suis-je, où vais-je et autres billevesées.


L'éclair de Spinoza.

Publié par konrad sur 12 Juillet 2014, 06:13am

Catégories : #Pensées originales.

L'éclair de Spinoza.

J'ai toujours vécu, parallèlement deux vies - l'une, celle du personnage que les combinaisons des éléments héréditaires m'ont fait revêtir, dans un lieu de l'espace et une heure du temps, l'autre, celle de l'Être sans visage, sans nom, sans lieu, sans siècle, qui est la substance même et le souffle de toute vie. Mais de ces deux consciences, distinctes et conjuguées, - l'une épidermique et fugace, - l'autre, durable et profonde, - la première a, comme il est naturel, recouvert la seconde, pendant la plus grande part de mon enfance, de ma jeunesse, et même de ma vie active et passionnelle.

 

Ce n'est que par soudaines explosions que la conscience souterraine, réussissant à forer l'écorce des jours, jaillit comme un jet brûlant de puits artésien, - pour quelques secondes seulement -, de nouveau disparue et sucée par les lèvres de la terre. Jusqu'aux temps accomplis de la maturité, où les coups répétés des blessures de la vie élargissant les fissures de l'écorce, la poussée de l'âme intérieure fraie à l'Être caché son thalweg et son lit de fleuve dans la plaine.

 

Avant d'en arriver à cet état de communion directe, où je suis à présent, avec la Vie universelle, j'ai vécu séparé d'elle et proche, l'entendant cheminer avec moi, - sous le rocher, et soudain, de loin en loin, aux instants que je m'y attendais le moins, vivifié par ces irruptions de flots artésiens, qui me frappaient à la face et qui me terrassaient.

 

J'ai noté trois de ces jets de l'âme, trois de ces Éclairs, qui remplirent mes veines du feu qui fait battre le cœur de l'univers. La trace de leur brûlure est restée aussi vive en mon vieux corps, que l'épreuve a, depuis, roulé comme un galet, qu'à la minute lointaine où elle s'imprimait dans la chair délicate et fiévreuse de l'adolescent.

 

Je ne livrerai ici que le récit du second de ces Éclairs : les mots de feu de Spinoza.

 

Romain Rolland. Empédocle suivi de L'éclair de Spinoza.

 

Précédé de Vers "la divine harmonie" par Roger Dadoun.

 

Editions Manucius.

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