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Journal d’un métaphysicien de passage

Journal d’un métaphysicien de passage

Déambulation itinérante parmi des lectures, des idées, des rencontres, des sensations à propos du sens, du qui suis-je, où vais-je et autres billevesées.


Dis donc, t'essaierais pas de nous faire porter le chapeau des fois ?

Publié par konrad sur 26 Novembre 2015, 19:01pm

Catégories : #Pensées originales.

Lalo de Almeida. Photographe.

Lalo de Almeida. Photographe.

M'en allant sur des chemins de traverse je suis tombé sur le blog d'Abou Djaffar dont le titre évocateur de franches gaités bucoliques ; Terrorismes, guérillas, stratégie et autres activités humaines m'a laissé une impression de sérieux, de compétence et de raisonné, en un mot de professionnel !

Moi le béotien sur les questions de géo-politique et de stratégie étatique diverse et variée dans un monde en profonde mutation et d'une complexité grandissante que certains aimeraient simplifier en nous la présentant sous forme de deux gros blocs s'entrechoquant, voilà que je lis quelque chose qui me parle et me parait sensé. Alors je vous livre un extrait d'article qui me semble pertinent et bon de signaler en cette période à la fois douleureuse et compliquée.

 

" (...) n’ont eu de cesse de nous rappeler à quel point tout ce qui nous arrivait était de notre faute. De notre seule faute. Il ne fallait pas intervenir en Afghanistan, il ne fallait pas intervenir au Sahel, ou en Somalie, il ne fallait pas intervenir en Irak (sur ce point, difficile de les contredire), il ne faut pas parler avec X, il ne faut pas faire du commerce avec Y, il ne faut pas promouvoir la laïcité ou défendre la supériorité de la raison sur la religion, il ne faut pas faire la guerre, c’est mal, toute cette violence, oh mon Dieu, ce sont de vraies balles, etc. En réalité, à les entendre, nous aurions simplement le tort d'être ce que nous sommes. Il ne s’agit pas ici, en aucune façon, de nier le fait que les politiques suivies par plusieurs puissances occidentales, en particulier au Moyen-Orient, n’ont pas toujours été, loin s’en faut, pertinentes ou efficaces. Il est même permis de se demander si elles ont été réfléchies (...)

Il ne faudrait pas, en revanche, se contenter d’observer un seul côté de l’échiquier – et celui dont je parle en a bien plus de deux. Ceux qui nous renvoient au visage nos errements (et notre pénible histoire coloniale n’est pas le moindre) oublient opportunément de préciser qu’il faut être plusieurs pour qu’il y ait affrontement. En ne cessant de chercher dans nos seuls rangs la cause de nos malheurs, on oublie que le Moyen-Orient a une histoire, son histoire, que ses peuples ont des histoires, que ses habitants raisonnent, aiment et détestent tout autant que nous, et même, (alerte percée conceptuelle), qu’ils peuvent avoir des projets politiques (nouvelle alerte percée conceptuelle) contraires à nos intérêts. Comme le dirait Gauvain, là, c’est chaud.

Loin de cette évidence, les discours entendus depuis des semaines au sujet de l’EI semblent suggérer que les Occidentaux ont réveillé une masse informe, inerte, qualifiée parfois de monde arabo-musulman et, qui sans nous, serait restée dans son coin. A aucun moment nos chers commentateurs ne semblent envisager que les habitants de ces régions puissent avoir une conscience, des espoirs, des projets, des certitudes. A aucun moment les passants de la fameuse « rue arabe » n’auraient donc de libre arbitre, ils ne feraient que réagir, comme des animaux de laboratoire, aux stimuli que les Occidentaux, forcément apprentis sorciers, leur infligeraient. Cette vision en dit long sur la réalité des discours grandiloquents assénés par certains.

Mais le monde n’est pas cela. Le monde est fait d’interactions multiples, de rationalité et d’irrationalité, d’agendas croisés, de projets et d’ambitions contraires. Etudier les erreurs des Occidentaux – et des autres – ne peut avoir de sens que si nos élus et autres intellectuels cessent enfin de projeter sur les peuples extra-européens un paternalisme, parfois très proche d’un racisme non assumé, qui nourrit, in fine, leurs propres obsessions. (...)

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