Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Journal d’un métaphysicien de passage

Journal d’un métaphysicien de passage

Déambulation itinérante parmi des lectures, des idées, des rencontres, des sensations à propos du sens, du qui suis-je, où vais-je et autres billevesées.


Hölderlin à Bordeaux.

Publié par konrad sur 14 Novembre 2015, 20:33pm

Catégories : #Poésie

Van Gogh. Nuit étoilée sur le Rhône.

Van Gogh. Nuit étoilée sur le Rhône.

(Comment échapper à la tragédie qui nous frappe ? Je ne sais pas. Pour le moment je poste des textes qui disent quelque chose et que je prends pour nourrir ma réflexion et mon âme. Est-ce suffisant ? Probablement pas pour ce qui s'en vient et s'arme de mort. Là, les mots sont impuissants à faire taire la mort malgré la force du poète à qui je laisse la parole...)
 
Peu enclin à la conversation
quand les langues commençaient
à débiter les opinions
il préférait partir
se promener le long du fleuve
 
" Pourquoi des poètes en temps de manque ?...
je fais ce que je peux du mieux que je peux…
tout prend place
dans le travail en cours…"
 
c’était aux jours rouges d’automne
le raisin était mûr
sur les coteaux de Garonne
et il gardait le souvenir
d’amis embarqués
au promontoire venté…
 
là-bas en Allemagne
il n’y avait rien pour lui
mais il y retournerait
pour trouver quoi ?
une fenêtre sur une forêt, peut-être
un peu de lumière philosophique…
 
chaque jour les bateaux quittaient le port
pour les Indes, les Amériques
il arpentait les quais
et les regardait partir
son voyage à lui
le conduisait ailleurs –
mais jusqu’où pourrait-il aller
quand tout avait disparu
sous l’habitude et l’insignifiance
et les opinions creuses ?
 
on pouvait bien penser à la Grèce
traduire les tragédies
se complaire à cette hyperbole archaïque
rêver à l’idéal
le paysage avait changé
totalement changé
il l’avait senti cette horrible nuit-là
en traversant l’Auvergne
perdu
dans la glace et la neige
il l’avait senti
le paysage avait changé
plus froid
plus escarpé
informe –
la poésie elle-même devait changer
 
nul dieu à célébrer
dans un théâtre ensoleillé
un néant à affronter
dans un espace ouvert…
 
errant dans les rues de Bordeaux
aux jours rouges de septembre
il regardait les ombres
lentement se déplacer
voyait à quelque haute fenêtre
un beau visage
apparaitre, puis disparaitre
 
il lui faudrait apprendre
à voyager seul.
 

Kenneth White. Un monde ouvert. Anthologie personnelle. Poésie/Gallimard.

Commenter cet article

Archives