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Journal d’un métaphysicien de passage

Journal d’un métaphysicien de passage

Déambulation itinérante parmi des lectures, des idées, des rencontres, des sensations à propos du sens, du qui suis-je, où vais-je et autres billevesées.


Le testament d'Ovide.

Publié par konrad sur 2 Décembre 2015, 20:02pm

Catégories : #Poésie

Sarker Portick. Photographe.

Sarker Portick. Photographe.

(...)

mis à l'index
banni à tout jamais de la civilisation
je me suis primitivisé

en art et en amour
j'ai toujours cherché
et rarement trouvé 
ce qui me conduirait
le plus loin possible de moi

je suis las des lieux
où l'homme se donne en spectacle
j'ai assez vu le théâtre humain
les gesticulations de ses pantins
toutes leurs petites histoires
ce qui m'intéresse à présent
ce sont les champs silencieux
qui s'étendent alentour
les mouvements de la mer
le ciel semé d'étoiles
le rapport entre mon corps et l'univers
entre les nébuleuses et mon cerveau

j'ai connu des tempêtes mentales
des émotions sidérales
des aurores boréales de l'intellect
comme si l'univers et moi
ne faisions qu'un :
j'ai été
une averse de pluie
j'ai été
des vagues noires se brisant dans le ciel
j'ai été l'horizon d'un monde insoupçonné

une poésie insolite se cache
dans les rivières froides
de ces contrées barbares
la mer Noire n'est pas noire
elle a des bleus incroyables
Vénus ne sort pas de ses eaux
mais les poissons, oui
et j'en ai vu de bien étranges :
des lambeaux de rêves
des songes incarnés

au bord de cette mer Noire
battue par le vent des tempêtes
où les fleurs
sont les mousses marines
les algues flottantes
et les coquillages colorés
je me suis remis à l'écriture

débarrassé
de tous les ornements
de la rhétorique éculée
je m'initie à une nouvelle vigueur
à une nouvelle fraîcheur

je ne suis plus
un poète gracieusement cultivé
mais le primitif
d'une pensée
dont je ne connais pas la logique
dont je ne parle pas la langue

je prends des notes brutes
j'écris :
dans la lumière claire du matin
une mouette très fine
vole au-dessus du toit -
pas plus
pas de métaphores à tort et à travers
pas de bavardage mythologique

je voudrais des traits
si fulgurants
que dans leur nette énergie
ils relient toutes choses
et les fassent irradier

il me faudra aller plus loin dans cette nuit
entrer plus avant
dans cet espace inédit
dépasser en desperado
limites et frontières
trouver, qui sait, la source
d'une autre lumière.

Kenneth White. Un monde ouvert. Anthologie personnelle.
Poésie/Gallimard.

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