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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Ma vie est un roman ; retour du front.

Publié par konrad sur 17 Mars 2019, 17:47pm

Catégories : #ma prose en 2019

Photo perso.

Photo perso.

Il est treize heure, le ciel est dégagé. A peine arrivé sur la rue de Rivoli, bloquée à la circulation, un long panache de fumée noire se détache à l'horizon des champs Élysées tandis que des détonations claquent dans l'air printanier. Ça doit chauffer là-bas.

Concorde, l'accès est bouclé. Toutes les entrées menant aux champs sont fermées, clôturées par des véhicules et des gendarmes. Des gens arpentent les rues en tous sens sans précipitation, semblant chercher où aller. Près de la Madeleine un attroupement autour d'un haut parleur stationne. Il est question des violences policières et de la justice pour des jeunes de banlieues décédés dans des circonstances pas très claires. Je m’agglutine au cortège qui s'ébranle vers la place de l'Opéra. J'irais de ce coté puisque je ne peux aller sur les champs. J'ai l'impression que je ne suis pas seul dans ce cas. Alors tout le monde suit.

La place de l'opéra est déjà pleine de monde, c'est le début de la manif pour le climat. Je regarde, je tourne, me faufile entre les groupes, tente de deviner les intentions, de déchiffrer les motivations, de sentir l'air du temps. Il flotte un je ne sais quoi, propice à l'imprévisible. La foule est attentiste, un brin désorientée par l'ampleur des événements qu'elle pressent tragiques. Sans attendre plus longtemps je décide de pousser vers la place de la République. En chemin je croise beaucoup de monde. Des gilets jaunes en grappes éparses, des familles avec enfants, des retraités en ballade, des gendarmes en peloton.

Sur la place le soleil est franc. Comme une cuvette elle se remplit par les multiples avenues qui convergent. Une foule bigarrée pleine de pancartes s'attroupe dans une ambiance conviviale.

Sur une scène une sono diffuse une musique festive. On se félicite du nombre de participants, on annonce la venue et le discours des responsables de la manif.

J'ai fait le tour de la place et des slogans. Je n'ai pas envie d'entendre des explications. Me semble qu'à ce stade on a conscience que quelque chose part en couilles dans le pays et dans le monde et qu'on se rassure comme on peut dans une sorte de communion laïque. Et dans le fond je n'y crois pas trop. Comme si ce n'était pas suffisant, comme s'il manquait un élément déterminant qui change le cours de l'Histoire. Mais déjà mon train m'attends à la gare d'Austerlitz, il est temps de partir.

Voilà qu'à Vierzon le conducteur nous annonce que nous sommes arrêtés pour au moins deux heures à cause d'une cocotte minute trouvée plus loin sur la voie. Les démineurs sont alertés et vont venir examiner l'objet du délit. Nous repartirons plus de trois heures plus tard sans savoir si la cocote était bourrée d'explosif ou simplement de carottes.

J'arrive à cinq heures du matin. Je me couche, éreinté, vidé, plein de questions sans réponses, d'interrogations, d'envie de voir accoucher ce nouveau monde...

 

Moi-même.

 

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