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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


La paresse.

Publié par konrad sur 5 Mai 2010, 19:50pm

Catégories : #Poésie

 

http://www.pointsdactu.org/IMG/jpg/sieste2-2.jpg

 

L’âme adore nager.

Pour nager on s’étend sur le ventre.

L’âme se déboite et s’en va.

Elle s’en va en nageant.

(Si votre âme s’en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l’âme partira avec une démarche et une forme différente, c’est ce que j’établirai plus tard.)

On parle souvent de voler. Ce n’est pas ça.

C’est nager qu’elle fait.

Et elle nage comme les serpents et les anguilles, jamais autrement.

Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager.

On les appelle vulgairement des paresseux.

Quand l’âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c’est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime…

L’âme s’en va nager dans la cage d’escalier ou dans la rue suivant la timidité ou l’audace de l’homme, car toujours elle garde un fil d’elle à lui, et si ce fil se rompait (il est parfois très ténu, mais c’est une force effroyable qu’il faudrait pour rompre le fil) ce serait terrible pour eux (pour elle et pour lui).

Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l’homme à l’âme s’écoulent des volumes d’une sorte de matière spirituelle, comme de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz – jouissance sans fin.

C’est pourquoi le paresseux est indécrottable.

Il ne changera jamais.

C’est pourquoi aussi la paresse est la mère de tous les vices.

Car qu’est-ce qui est plus égoïste que la paresse ?

Elle a ses fondements que l’orgueil n’a pas.

Mais les gens s’acharnent sur les paresseux.

Tandis qu’ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l’eau fraiche sur la tête, ils doivent vivement ramener leur âme.

Ils vous regardent alors avec ce regard de haine, que l’on connait bien, et qui se voit surtout chez les enfants.

 

Henri Michaux. L’espace du dedans.

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