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Journal d’un métaphysicien de passage

Journal d’un métaphysicien de passage

Déambulation itinérante parmi des lectures, des idées, des rencontres, des sensations à propos du sens, du qui suis-je, où vais-je et autres billevesées.


Compostelle.

 

Le souvenir éclate à la surface de ma mémoire en une multitude de bulles qui sont autant de pas égrenés sur le chapelet du voyage.

Le chemin infuse dans mes veines la géographie des courants telluriques qui animent la terre.

J’emprunte cette voie à la quête de l’origine dont la source se perd et se retrouve au sein de l’Absolu.

 

Deux mois de pérégrination pour atteindre le Finistère galicien et plonger dans l’océan infini du mystère.

  Quelle étoile m’inspira ce caprice ?

Un récit de jeunesse sur l’histoire des templiers dont le chemin regorge de témoignages sur leur présence ?

La rencontre fugace de sâdhus nomades en Inde lors d’un séjour ?

L’appel du grand dehors à chausser des semelles de vent ?

Une généalogie familiale portée aux quatre coins du monde ?

Une mémoire immémoriale qui me porte à ressouder des traces éparses en une ligne continue ?

Un karma dont j’ignore les causes ?

Des incarnations réitérées de pélerin ?

Un destin facétieux ?

Qu’importe, je pars !

Je laisse derrière la porte tout ce que je crois être moi.

Et j’hume cet air indéfinissable, mélange euphorique de liberté, d’enthousiasme et de plénitude.

 

Aux premiers pas le corps rechigne à l’effort et se courbature. Il s’irrite à ces mouvements que la modernité a remisés dans le salon des incongruités. Pourquoi marcher alors que la voiture et le train sont là pour assurer le trajet ? Pourquoi prendre le risque inutile de la blessure pour un si futile projet ? Pourquoi se mettre dans l’insécurité de l’imprévisible ? Pourquoi encourir le péril dans l’incertitude qu’occasionne pareille entreprise ? Pourquoi subir des intempéries souvent imprévisibles ?

 

Progressivement, après quelques jours, le corps retrouve l’héritage de ses cellules et ses automatismes propres. Les sens en éveil redeviennent des baromètres fidèles de la nature. Chaque ondulation de l’air, chaque frémissement de l’épiderme, chaque altération olfactive, chaque transformation du ciel, chaque passage de nuages sont autant de signes que le corps décode afin d’anticiper la route à suivre.

Bientôt le chemin dicte sa loi, la loi de la nature à laquelle le corps se plie par un accord implicite.

Puis le chemin et le corps s’effacent doucement, laissant place à un rythme primordial, à la pulsation d’une mélodie secrète. A mesure l’être refait l’alliance entre la terre et le ciel, il s’accorde à la musique des sphères et la symphonie du tellurique et du cosmique lui est rendue intelligible par l’obtention de cette clé.

La marche n’est nullement une question d’effort ou de volonté farouche pour avancer même si parfois la topographie du terrain demande de puiser dans ses ressources.

C’est avant tout une respiration, un souffle, c’est le pneuma qui insuffle la cadence et guide le pas.

C’est lui qui dessille le regard sur ce qui était là de tout temps et que l’on ne voyait plus, qui rompt l’ennui et galvanise dans les moments difficiles.

Les paysages ne sont jamais monotones et le temps semble retrouver son rythme naturel ponctué par le cycle du soleil que le corps reconnait tacitement.

Chaque jour est oubli du précédent et réitération du même dans un éternel présent.

 

Mes pensées vagabondent sur une route où je suis seul. Vu l’époque où je suis parti, fin février, je ne rencontre aucun autre pèlerin. Cette solitude est propice à me retrouver avec moi-même. Je suis seul maitre, après Dieu, à conduire de façon si pleine et entière ma vie. Cela me donne un sentiment d’exaltation et de bonheur intense. J’avale les kilomètres avec une facilité déconcertante, j’ai l’impression de flotter au-dessus du sol.

La providence aura toujours soin de moi, j’ai échappé à tous les bobos et les tracas qui sont souvent le tribut des longues marches et j’aurais toujours trouvé asile pour la nuit même lorsque je n’avais rien prévu.

 

Si la partie française ressemble à une petite rivière qui s’écoule lentement, c’est un fleuve majestueux qui dévale en Espagne jusqu’à l’embouchure.

L’on entre sur le Camino là où tous les chemins se rejoignent pour ne faire plus qu’un.

J’y trouve un second souffle comme si un air en surabondance venait me donner un surcroit de force.

 

Le chemin est une métaphore de la vie.

Le matin on a l’enthousiasme et la désinvolture de la jeunesse, à midi la circonspection de la maturité, on évalue le chemin parcouru et celui qu’il reste à faire, et le soir on est un vieillard harassé dont la seule préoccupation est de trouver une paillasse sur laquelle reposer son corps.

J’arrive à Compostelle en poussant un "Ultreïa" victorieux.


J’ai beaucoup aimé la vieille ville dont j’ai arpenté les ruelles à toutes heures du jour et de la nuit avec un sentiment de familiarité. Mais je savais que ce n’était pas la fin, j’ai poursuivi jusqu’au bout de la terre jusqu’au terme du chemin. J’ai regardé la vastitude de l’océan et j’ai songé à celle de Dieu.


Puis j’ai brulé quelques vêtements comme symbole d’un renouveau auquel j’accédais.


J’ai longé la côte pour ne rien perdre de tout ce que j’avais vécu, j’ai souri à l’expérience de cette aventure dont le fruit me rassasie encore.


 

 

 

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