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Journal d’un métaphysicien de passage

Journal d’un métaphysicien de passage

Déambulation itinérante parmi des lectures, des idées, des rencontres, des sensations à propos du sens, du qui suis-je, où vais-je et autres billevesées.


la Chevalerie Initiatique.

Il y a quelques années j'avais rédigé un petit fascicule sur la chevalerie d'un point de vue initiatique. Il fut imprimé sous forme d'un petit livret augmenté de quelques dessins.
Je le place ici sous une forme épurée, sans les dessins et les couleurs d'origine, le texte seul.
Il y a un certain nombre de petites corrections à apporter que je corrigerais petit à petit.

INTRODUCTION :

Parler de l'initiation chevaleresque à notre époque peut paraître une gageure, le matérialisme semblant être l'unique réponse à nos idéaux de bonheur. L'égalitarisme érigé en principe de gestion sociale nous encadre, nous assiste et légifère tous nos actes quotidiens. Nous n'avons plus rien à faire, la société s'occupe de tout.

Pourtant, il subsiste en moi une petite voix qui ne veut pas mourir étouffée sous cette coiffe. C'est la voie chevaleresque qui m'invite à l'aventure de la queste de l'absolu. Lancelot, la Dame du Lac, Merlin, Arthur, Galaad, les Templiers et bien d'autres m'appellent et m'incitent à poursuivre le Graal d'immortalité.

Je revêts alors l'armure de mes certitudes intérieures. Je me ceins du heaume de l'alliance avec les dimensions supérieures. Je reprends l'épée de ma dignité spirituelle et, chevauchant mon corps d'animalité au travers de mon quotidien, je reprends le contrôle de ma destinée. Je pourfends avec détermination les dragons que sont mes faiblesses et les monstres que sont mes peurs, car je sais que tel est le prix de ma victoire.
Ma joie est de protéger fidèlement et amoureusement ma Dame, mon âme, des tentations extérieures et des attaques inférieures. Mon honneur est de me remettre au service de Dieu et de lui rendre gloire car lui seul me rend libre.

Je suis engagé dans la voie du retour ; les oiseaux et les anges me guident, les licornes et les fées me protègent avec bienveillance. Toute la nature me parle et m'encourage car je refais l'Alliance avec l'essence de toute chose. Je suis heureux, je redeviens le héros de ma vie.


ACCÈS A LA ROYAUTE INTÉRIEURE :


C'est ce qu'enseignent les contes et légendes de la Table ronde, qui sont bien plus que de simples images enflammant notre imagination. Ils sont reliés à un archétype spirituel, à l'intérieur duquel chacun entre dans une réalité vivante et opérative. C'est ici la vraie force de l'initiation chevaleresque.

J'illustre ce propos selon trois grands thèmes :
- la Chevalerie
- le Graal
- les Templiers

Ces thèmes ont pour corollaires la mystique et l'idéal de la queste chevaleresque et indiquent la voie de réalisation spirituelle propre au chevalier. Celle-ci se poursuit soit de façon individuelle, dans le cas du chevalier errant à la queste du Graal, soit en commun, dans le cadre d'un groupe comme chez les Templiers.


LA CHEVALERIE :


Au-delà des images d'Epinal propres à la chevalerie, il s'agit de montrer l'actualité contemporaine de l'initiation chevaleresque.

Au travers de ses fondements initiatiques, nous passons de l'autre côté du miroir et du monde des apparences, dans ce lieu où souffle l'esprit des initiations véritables.

Des rites d'adoubement à la doctrine ésotérique, des pratiques rituelles à l'explication des symboles, nous participons activement à la queste de la voie héroïque et à l'accession au métier de chevalier.


LE GRAAL :


La queste du Saint Graal est l'archétype de la queste chevaleresque. Chemin périlleux, voie hermétique qui conduit le chevalier à sa réalisation ultime. Dernière synthèse du cycle arthurien, elle fut rédigée au douzième siècle, vraissemblablement par des moines cisterciens.

Différents auteurs de l'époque, tels Chrétien de Troyes, Robert de Boron ou Wolfram von Eschenbach ont écrit sur le graal et les aventures chevaleresques.

Très vaste et complexe, le cycle du Graal fourmille de symboles et d'interprétation que je n'ais pas cherché à détailler. Je me bornerais à l'aspect symbolique de la queste au travers des sept étapes de celle-ci, conduites par les sept principaux chevaliers.


LES TEMPLIERS :


L'histoire des Templiers illustre l'idéal chevaleresque porté à son plus haut degré de perfection. Servie par une queste de l'absolu, leur gnose reste une référence pour les chercheurs de vérité.
Loin de nous l'idée d'éprouver de la nostalgie pour le Temple, car nous savons que ses trésors sont intérieurs et qu'ils nourrissent toujours notre absolu.
Nous donnons ici un bref aperçu historique et chronologique des faits, mais nous nous attachons surtout à comprendre la véritable gnose a travers 1'étude du symbolisme inscrit dans les sceaux templiers.


LA CHEVALERIE :


"Chevalerie du ciel que je contemple, fais oraison pour ceux qui sont sur terre."

                                                          (DANTE, La Divine Comédie)


Si dans l'âge d'or il n'existait qu'une seule caste, la chute originelle eut deux principales conséquences : rupture de l'union entre l'homme et Dieu et involution du corps dans la matière corruptible.
Il s'ensuit un éclatement dans la multiplicité des races et des langues de la terre, et la séparation des fonctions.


On a ainsi :

- Le sacerdoce, représentés par les prêtres, symbolise la tête.
- La justice et le gouvernement, représentés par le roi et les chevaliers, symbolisent le buste.
- Les artisans et les paysans, nourriciers du corps de la société, symbolisent les membres inférieurs.

Ce principe de gouvernement synarchique commun à tous les peuples indo-européens, confirme le rôle de jonction et de gardien dévolu aux chevaliers entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. La chevalerie se développera et s'épanouira à l'ombre de la féodalité. L'Eglise exercera une emprise de plus en plus pesante sur la chevalerie, mais elle ne pourra jamais l'annexer entièrement. Son désir d'en faire son bras armé, de fusionner la croix a l'épée, ne se réalisera jamais totalement.

La chevalerie en tant qu'initiation guerrière est commune a tous les peuples de la terre et ce depuis l'antiquité. Dans l'Inde védique, chez les Perses zoroastriens, dans le monde Celte, au Japon, en Afrique. La chevalerie est à la noblesse ce que sont les ordres monastiques au clergé. Elle incarne l'intériorité et même la perfection de cet état. Le code chevaleresque est avant tout une morale traditionnelle transmise de bouche a oreille, un art de vivre où l'honneur du nom est toujours sublimé par trois qualités premières : la bravoure, la fidélité, la loyauté.

Etre noble, c'est maintenir - être chevalier, c'est se surpasser.


Le chevalier est un homme libre qui a le sens de la dignité spirituelle et du respect de soi. II est généreux avec les gens de sa mesnie et ne se laisse pas manipuler par les forces extérieures. Les faits d'armes qu'il accomplit dans le monde sont le contraire d'actes mécaniques et conditionnés. Le chevalier n'obéit qu'a sa conscience et a pour loi principale la fidélité a la parole donnée. A l'origine nul besoin d'être noble pour être chevalier : il suffit d'avoir en soi ces valeurs morales et spirituelles.

Il existe trois degrés dans la chevalerie :

- La chevalerie du siècle ; composée de gentilshommes accomplis qui ont prouvé leur noblesse. Installés en fiefs, ils administrent leurs domaines.

- La chevalerie errante est constituée soit de chevaliers sans terre, soit de chevaliers ayant choisi de se consacrer à une queste selon une voie pérégrinante solitaire.

- La chevalerie monacale regroupe les chevaliers qui ont renoncé à tout, y compris à leur volonté propre, pour s'enrôler dans une milice de combattants spirituels. L'idéal héroïque du chevalier errant rencontre là l'idéal contemplatif du religieux consacré.


L'ADOUBEMENT :


                    "L'héroïsme ultime, c'est de rester fidèle à l'esprit jusqu'au bout."
                                                   IJP. Appel- Guerry.


En règle générale, la chevalerie n'est conférée qu'au terme d'une longue préparation, à moins qu'une action héroïque ne prouve la valeur du postulant, auquel cas il est adoubé sur-le-champ... car prouesses montrent cœur de preux.

Dès l'âge de sept ans, le jeune damoiseau est retiré des mains des femmes pour être confié comme page à un chevalier qui sera son parrain et avec qui il apprendra pendant sept ans l'amour de Dieu, l'amour des Dames et le respect des gentilshommes, la vénération de l'ordre de chevalerie.

Puis le damoiseau "sort de page" ; il a quatorze ans. Il devient écuyer, apprend le métier des armes et assiste son seigneur dans toutes les taches. Apres cette période, il est armé chevalier ; il a alors vingt et un ans.
L'initiation du chevalier, son adoubement, comprend trois aspects :
la préparation, la colée et l'armement.


LA PREPARATION COMPREND :


- Un jeûne de sept jours ;

- Une veillée d'armes dans une chapelle pendant les trois nuits précédant la cérémonie ;

- Un bain purificateur à l'aube du jour ;

- Le dépouillement des vêtements et la remise d'une tunique blanche, d'une robe vermeille et d'une ceinture blanche.


LA COLEE :


La collée consiste à frapper le candidat au cou (à la nuque) avec le plat de l'épée en pronnonçant une formule d'invocation créant le chevalier et à lui donner ensuite l'accolade. Le symbolisme de la collée est à rattacher au rôle de Jean-Baptiste dans les ordres chevaleresques et qui correspond à un changement de tête.

Le coup porté sur la nuque provoque l'activation d'un centre d'énergie qui agit comme un réveil sur le chevalier et le rappelle à sa mission première : mettre ses forces au service de l'ordre du divin. L'initiation est essentiellement dans l'offrande de la tête.

Dans la symbolique de la tête tranchée, le héros qui livre sa tête renonce à son pouvoir et à sa volonté propre jusqu'à la mort. Dans cet acte, le chevalier tue en lui tout désir d'attachement au monde.


L'ARMEMENT :


Cette cérémonie consiste à remettre les armes, l'épée, la lance et l'écu, portant les couleurs héraldiques, ainsi que les gantelets, les éperons, la cuirasse et le haubert. L'épée est l'arme chevaleresque par excellence, c'est l'insigne, la marque de la chevalerie. Elle peut être considérée comme l'essence et la forme de l'adoubement. Elle incarne la justice par son fer et la foi par sa forme. L'épée est toujours adaptée au chevalier et personnalisée
Excalibur à Arthur, Durandal à Roland, Joyeuse à Charlemagne, Hauteclair à Olivier.

Le chevalier ainsi armé peut partir à l'assaut du paradis, répondant de la sorte à la sentence de la Bible :
"Le royaume des cieux appartient aux violents et a ceux qui s'en emparent", c'est-à-dire ceux qui font violence a leur inertie et à leurs faiblesses.

On lui donne aussi la bague, symbole d'alliance à la chevalerie, qui deviendra la chevalière. Le cheval, lui aussi confié à cette occasion, est très important. C'est l'animal psychopompe par excellence, qui permet de chevaucher à travers l'espace et le temps. C'est la représentation du corps physique et des instincts animaux, de la vitalité plus ou moins maîtrisée. Dans la queste, il représente la force vitale du chevalier qui est dilapidée lorsque celui-ci le perd ou lorsqu'il se le fait prendre par un adversaire. Le cheval aussi est lié au chevalier : Vaillant à Roland, Bayram à Renaud et Tencendur à Charlemagne.

La cérémonie d'armement est publique, exotérique, mais l'adoubement, ésotérique, relève d'un choix personnel d'engagement. L'admission comprend trois fois sept ans d'apprentissage durant lesquels on teste le postulant. Le jeûne, la confession et les trois nuits passées seul sont aussi une descente aux enfers afin d'éprouver la résolution du postulant.


Deux personnes jouent un rôle essentiel dans la formation du chevalier :
le Parrain et la marraine (ma Reine) ou la Dame.


LE PARRAIN :


En tant qu'instructeur, maître d'armes et initiateur à la chevalerie, le parrain est celui qui adoube généralement le futur chevalier. Il l'introduit ainsi au sein d'une famille énergétique dans une filiation spirituelle dont le nouveau venu sera le continuateur. Tenir son épée de quelqu'un, c'est divulguer le nom du parrain. A l'occasion de cette adoption par les armes, le parrain remet au nouveau venu ses armoiries.


LA DAME :


La Dame est l'inspiratrice du désir de perfection et le support des pensées nobles. La Dame de beauté est l'objet de la queste du chevalier, car en réalité le chevalier et la dame ne sont qu'un seul et même être, dont les deux parties se sont séparées depuis la nuit des temps.

La Dame revêt de multiples visages dus à la complexité de sa nature. Elle peut être fille (dans le cycle arthurien, la Demoiselle désigne une jeune fille qui a un rôle de messagère ou d'initiatrice à l'aventure), mère, amante, femme (forme-âme que le chevalier protège comme relais animique), vierge sage (il est dit que seule une vierge peut garder le Graal) ou vierge folle.


Elle représente aussi la nature et son double visage qui enseigne ou dissimule selon la qualité de ceux qui se présentent à elle. C'est la nature qui illumine (Viviane qui éduque Lancelot) ou illusionne (Viviane qui enchante Merlin). La queste de la Dame (âme subtile) ne s'effectue pas sans épreuves.

Le chevalier doit dépasser son aveuglement et se dégager des filets de l'illusion de la forme qui protègent le véritable accès à la Dame.
Elle n'est d'ailleurs un péril qu'en tant qu'objet de convoitise. La Dame (siège de l'illumination du Saint-Esprit), où Notre Dame, représente précisément la doctrine secrète possédée par un groupe uni dans une attitude militante, comme les Templiers par exemple.
L'importance de la Dame dans les ordres guerriers peut, d'une part s'expliquer par la prépondérance de l'élément émotif chez ceux-ci, et d'autre part, par la correspondance du féminin dans l'ordre cosmique : nature primordiale, principe de mutation et de formalisation.


LA QUESTE DE LA VOIE HEROÍQUE :


Un premier aspect capital de cette voie est le don de soi, avec une notion entièrement centrée sur le sacrifice de la vie.

Sacrifice au sens de "sacrum facere", rendre sacré, c'est-à-dire réunir ce qui est épars pour retrouver sa ressemblance divine.

Sacrifice de soi-même qui s'opère en vue dune réintégration dans un état unitaire. Il s'agit de se rassembler soi-même, de se dépouiller des enveloppes grossières, et de restituer à l'unité tout ce que l'on s'est accroché dans la multiplicité. Chaque chevalier porte en lui une multitude de facettes, de facultés qu'il devra maîtriser et réunifier en son centre intérieur.

Sacrifice aussi de l'âme animale - ferment de toutes les corruptions - par le don du sang, véhicule de la vie.

Le deuxième aspect est que les étapes sont différentes pour chacun.

Elles sont liées à ses propres aventures, provoquées pour être l'occasion d'une élucidation solitaire et d'une maîtrise de sa destinée personnelle. Le mot aventure a la même racine que avènement, qui veut dire "ce qui doit arriver". Ainsi l'aventure du chevalier est son avènement à l'accession de sa réalisation spirituelle.

La voie initiatique chevaleresque est essentiellement active et caractérisée par un état d'errance, à contrario de l'initiation sacerdotale où prédomine la contemplation. Cet état d'errance est symbolisé par le voyage, le pèlerinage, la croisade.


La queste n'est en fait qu'un voyage au centre de soi-même, où les lieux traversés correspondent à des états énergétiques particuliers, des prises de conscience, des rencontres avec soi.

Le troisième aspect est le passage du visible a L'invisible, de la terre au ciel.

Le chevalier est toujours un gardien ou un guetteur qui doit s'éprouver constamment pour garder une vigilance et une force de tous les instants.
Le chevalier est aussi un médiateur céleste en relation particulière avec les anges. Il n'est qu'a voir l'importance du monde imaginal, des visions et des songes, dans le cycle du Graal.

La voie héroïque est une queste et un combat. Queste de son identité véritable et de son maître intérieur et combat contre les forces de rébellion. Le chevalier obéit à sa loi propre qui repose sur un code d'honneur non écrit et qui se transcrit dans ses actes quotidiens a la recherche de la gloire et de la beauté. La fonction du chevalier est de rendre gloire, c'est-à-dire de restituer aux choses et aux êtres leur lumière originelle pour les réintégrer dans l'ordre universel.


ÉSOTÉRISME DE LA VOIE CHEVALERESQUE :


L'essentiel de la doctrine est contenu dans la queste du Graal, transmission orale et secrète qu'on ne peut recevoir sans être dûment qualifié et élu.

Cette initiation est le passage des petits mystères microcosmiques aux grands mystères macrocosmiques, passage de la royauté terrestre à la connaissance de la divinité.

Au nombre des sciences hermétiques enseignées dans la voie chevaleresque, deux seulement sont des matières obligées :
la science du blason et le fin amor.


LE BLASON :


Le blason représente l'aspect totémique ou l'individu s'identifie à la force essentielle présente en lui, qu'il s'agisse d'un animal, d'une plante ou d'un tracé géométrique.
L'art du blason est un art d'initié qui n'est pas sans rapport avec la cabale.
Les chevaliers (cavaliers-cabaliers) inscrivaient sur leur blason, sous forme de rébus, une synthèse de leur nom en résonance avec d'autres plans de conscience.
Les initiés, dont les armoiries étaient vues par tous, pouvaient se reconnaître entre eux au moyen de signes symboliques spéciaux que le profane ne comprenait pas.

Le nom initiatique, inscrit sur le blason, précise la vocation du chevalier dans le plan divin.
La découverte de ce nom angélique est le premier objet de la queste chevaleresque.
La science héraldique comporte une dimension opérative et hermétique particulière dans le sens des couleurs, des figures et des mandalas et demande une initiation spéciale pour être comprise.


LE FIN-AMOR :


"Fondamentalement, la règle et la discipline sont faites pour protéger la vie et non pas        l'étouffer."
                                                          IJP. Appel Guéry.


L'initiation chevaleresque a pour objet la réintégration dans l'état édénique primordial que l'on peut qualifier d'androgynique, correspondant à l'union des deux natures masculine et féminine. Toute la mystique chevaleresque repose sur l'identification entre la beauté de l'âme et la noblesse. II y a un culte de la beauté et de l'amour courtois rendu à la Dame qui, par l'action magnétique du désir que sa beauté provoque, induit à l'amour. L'amour de la beauté visible transformé et sublimé conduit au saint amour qui est l'essence et l'action du principe divin. Une devise des Templiers était "vive Dieu saint amour".

Selon les jeux de mots en usage, amor signifie a-mor, ce qui supprime la mort, la puissance divine qui confère l'immortalité. C'est le secret de l'union en Dieu par la beauté intelligible. Ces noces mystiques chantées par les troubadours et les trouvères sont l'expression du désir de joie magnifié dans cette union. Dans ce service d'amour, l'amant abdique sa volonté à la Dame, comme le mystique s'abandonne à Dieu, comme le vassal se soumet à son seigneur.


Une façon de chanter le fin amor s'exprime par la langue des oiseaux. La langue des oiseaux ou langue des Dieux est celle des initiés. II s'agit d'une cabale phonétique, d'un charabia (mot d'étymologie espagnole-arabe qui signifie jargon) fonde sur des jeux de mots, des assonances, des calembours dont les vocables choisis ont des équivalents phonétiques en grec ou en latin. Par exemple blason est à rapprocher du grec plazô qui signifie embrouiller, détourner l'attention. En argot, le blaze veut dire le nom. Dans le langage des troubadours, celui qui a obtenu la rose a atteint le secret d'Eros, c'est-à-dire celui qui est sorti de la roue des renaissances. Symboliquement, c'est le rossignol qui est l'initiateur à la connaissance de la rose et qui, par son chant, en exprime le parfum ineffable.

La cour d'amour est censée être composée d'oiseaux et presidée par l'amour sous forme d'un oiseau (colombe, faucon...). Le chant des oiseaux est celui de l'intelligence ailée qui s'élève dans la joie à la contemplation des merveilles secrètes de l'ordre divin. Perceval est éveillé à sa vocation chevaleresque par le chant des oiseaux. C'est l'expression de l'état de joie ou sentiment de plénitude dans lequel l'être perçoit l'ensemble des relations d'amour qui unissent la nature, l'homme et Dieu dans l'unité principielle de l'état paradisiaque primordial.

Cette manière d'exprimer la résonance intérieure de toute chose par "le chant des oiseaux" recouvre à la fois l'incantation mélodique avec le rythme des vers, l'évocation symbolique de l'analogie entre les sens et les sons, et l'invocation des noms divins, selon trois niveaux de compréhension simultanés. II s'agit encore ici d'un jargon semblable à celui du blason qui exprime l'operation hermétique de la réalisation de l'androgyne primordial, du rebis philosophique.


LE METIER CHEVALERESQUE :


La pratique centrale du métier chevaleresque est la bienfaisance.
Le chevalier a pour mission de mettre sa force au service de l'ordre divin et de combattre la division, l'ignorance, de sauver le monde de la corruption et le ramener en son centre.
La vocation hospitalière, protectrice et guerrière consiste à combattre l'erreur et l'ignorance dans les esprits, le mal dans les âmes et la souffrance dans les corps.

La voie chevaleresque est axée sur la connaissance des énergies naturelles et divines en œuvre dans l'homme et dans l'univers. Le chevalier vise à les maîtriser et à les transmuer pour aboutir à sa transfiguration glorieuse et à sa ressemblance divine.

Le support de cette réalisation est la pratique quotidienne des œuvres de justice et de charité énumérées dans le code d'honneur,
et le respect des dix articles du code antique.

Le chevalier doit acquérir, au travers de cette pratique, les vertus qui sont :

la générosité, le courage,
la force, la justice, la persévérance, l'obéissance,
la patience, la clémence, l'honneur et la courtoisie.

L'apprentissage de ces vertus conduit au développement
des qualités de virilité spirituelle.

Il y a une équivalence de racine en latin entre vir, l'homme fort, le guerrier, vitus, la volonté droite, vis, la force, vita, la vitalité, viriditas, la flamme de la jeunesse. Cette racine vir est identique a celle du mot sanscrit vîrya, la foudre, l'eclair, terme de la doctrine hindoue de régénération (Kundalini).
Cet apprentissage est l'orientation juste et la maîtrise de l'energie vitale.
La maîtrise de cette énergie a pour but d'éveiller les centres subtils et de transmuer l'énergie vitale en énergie spirituelle.

Par ce feu interne, il s'agit de séparer le subtil de l'épais, et de libérer le corps de gloire.
Les vertus sont symboliques et opératives.
Au nombre de sept, les vertus principales éveillent les sept chakras et correspondent aux sept armes du chevalier.
En même temps, elles accomplissent l'ascension des sept sphères planétaires, la formation des sept couleurs du blason, l'acquisition des sept pierres précieuses qui sont les étapes magiques de la réalisation du corps de cristal et qui sertissent la couronne de la royauté parfaite.


Les deux axes de transmutation de l'energie sont la guerre et l'amour.


LA GUERRE ET LES ARTS MARTIAUX :


Il s'agit avant tout d'un combat contre soi-même. Les adversaires que l'on rencontre incarnent toujours une force hostile qui est en soi. D'où le respect que l'on doit aux adversaires et aux ennemis. Les tournois, les joutes, sont le terrain propice pour montrer son courage et son adresse ainsi que sa maîtrise. Plus pacifique, le jeu d'échecs, jeu typiquement chevaleresque, où dans le silence les adversaires s'exercent à la maîtrise de la volonté de puissance par une ascèse symbolique et où l'affrontement se transmue en jeu cosmique.

L'homme de guerre apprend la puissance de concentration et l'élévation de l'action en contemplation active. Tous les pions ont leur correspondance dans la cour du roi et leur marche est en rapport avec leur fonction. Le roi est bien le centre, presque immobile, tandis que la reine possède pratiquement tous les pouvoirs des autres pièces, conformément à sa nature non humaine. Le véritable joueur d'échecs sera le chevalier qui, tout au long de sa queste, viendra se confronter régulièrement à la cour du roi, comme pour récapituler sa situation ou rectifier le jeu de ses pièces.


L'AMOUR COURTOIS :


L'amour courtois est l'exercice de la discipline du désir. Il consiste à exalter l'attirance magnétique entre le chevalier et sa Dame, et à transmuer cette énergie en force de perfectionnement spirituel.

Le "fin amor", "l'ardent désir", sépare le subtil de l'épais en épurant la nature du désir.

La Dame est l'inspiratrice, le pôle, le mobile de la transformation du guerrier brutal en héros solaire.

C'est l'estoile flamboyante (Notre-Dame chez les chevaliers-moines) vers laquelle tend le chevalier et qui est l'image de son propre cœur illuminé par l'amour divin.


C'est son double céleste, son enveloppe lumineuse qui le protège.

Le rapport chevalier/Dame est diffèrent de celui homme/femme en ce sens que le premier exprime un rapport hiérarchique et le second un rapport de complémentarité.

Ces deux natures doivent non pas s'anéantir mais s'harmoniser. Au-dessus de la force et de la beauté doit se tenir la sagesse qui les unit et les équilibre, et qui fait l'objet de la troisième pratique, centrale de la voie chevaleresque.


L'AMOUR DE DIEU :


Pour l'homme d'action, il est nécessaire de faire des retraites en soi-même, dans la solitude. Les Templiers devaient réciter chaque jour cent soixante-dix Pater.

Ces oraisons répétées sont le pendant exact du cri de guerre et de la plainte amoureuse. Ces trois invocations, chacune a leur niveau, mettent en jeu le souffle, support de l'energie du Saint-Esprit.

Les chevaliers évoquent Dieu sous son aspect de roi de l'univers. Les manifestations surnaturelles dans la voie héroïque se traduisent par l'éclair, la foudre et le tonnerre, ou par des prodiges, des phénomènes miraculeux, que le chevalier errant est apte à déchiffrer.

Par la pratique constante de ces trois disciplines rituelles de l'amour, de la guerre et de l'oraison, le chevalier au cœur droit peut parvenir à réaliser la perfection initiatique de son état et accéder ainsi a la royauté intérieure.


L'INITIATION ROYALE, COURONNEMENT DE LA VOIE HÉROÍQUE :


Pour le chevalier, réaliser la royauté intérieure, c'est conquérir "son" royaume. C'est produire l'or philosophal, atteindre la perfection solaire par le dépouillement des métaux vils de l'ego. Ainsi cet accomplissement se traduit par une transmutation des armes du guerrier


La lance devient sceptre.

Le casque devient couronne de gloire.
Le gantelet devient l'anneau de Salomon

L'épée devient la main de justice.

La cuirasse devient le manteau de majesté

Les éperons deviennent les chausses pourpres sacrées.

Le cheval se transforme en trône ou char triomphal.


Enfin la Dame s'incarne désormais dans l'âme du peuple à gouverner

La royauté est une des trois perfections de l'homme dans l'état primordial. Comme les dignités prophétique et sacerdotale, elle est conférée d'une manière spéciale et comporte des secrets particuliers.

Devenir roi consiste à revêtir une dignité paradisiaque et à incarner une part du sacré universel. Introniser un roi suppose qu'il s'agit d'un guerrier spirituel, fort et juste. Ce chevalier ne peut devenir roi qu'au terme d'une transformation de son être afin de correspondre à la souveraineté cosmique ; l'individu s'efface devant la personne royale et assume sa fonction qui est d'appartenir à son peuple et non plus à lui-même.

De même que l'on passe d'écuyer à chevalier par l'adoubement, de même on est élevé à la dignité royale par la consécration. Apres avoir prêté les serments, l'individu ressuscite dans une nouvelle naissance comme personnage cosmique. Il devient alors le représentant du verbe incarné et reçoit un nom nouveau, celui de son règne. L'onction, qui est la phase essentielle de la consécration, est donnée par la sainte ampoule.

Le rituel commence par : "O pierre précieuse tombée du ciel." Il s'agit donc a la fois d'une pierre et d'une huile. Cette pierre d'origine celtique, tombée du ciel, est encore enchâssée dans le trône des rois d'Angleterre.
Par rapport à la chevalerie, la fonction royale représente un renversement de perspectives. C'est le passage du perfectionnement humain à la dimension divine.

Alors que le chevalier défend l'ordre et fait respecter la loi, le monarque l'incarne et l'édicte. Il personnifie la norme divine, régulatrice de l'ordre universel, en accomplissant la volonté du ciel.

Le roi antique est le médiateur entre le ciel et la terre, le dispensateur et le régulateur des biens de la nature. Interprète des décrets du ciel, il est chargé de leur application. Il est souvent associé au soleil comme principe universel.

 

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