A propos de rêve. Il y a quelques jours je me retrouve spectateur d’une scène où quatre à cinq personnages sont disposés autour d’un individu qui donne une explication de quelque chose avec force détails et exemple. Sa démonstration éloquente est précise, claire et compréhensible. C’est si beau et saisissant qu’un mot surgit dans mon esprit et s’inscrit en force. C’est de cela dont parle l’individu. Tout est si impeccablement décrit que je me récite ce mot plusieurs fois dans ma tête afin de ne pas l’oublier tant il me paraît revêtir une signification magistrale. Je me le répète ainsi en boucle pour être sur de le garder en mémoire. Il est composé de quatre syllabes. C’est un mot qui n’est pas très usité mais pas inconnu pour autant.
Je me prends à penser qu’il serait bon que je me lève afin de le noter pour ne pas l’oublier, mais je n’en fais rien, je l’ai si souvent répété qu’il me semble être bien enregistré.
Le matin au réveil, j’ouvre l’ordinateur pour écouter les infos tout en me préparant un café. Soudain me revient l’histoire du mot. Vite, où est-il ? Où ça ? rien ne vient. Je cherche, je retourne, je tente de me rappeler, mais rien, le vide, l’oubli. Seul le souvenir qu’il est composé de quatre syllabes me reste. J’enrage de ne pas me souvenir. Je creuse, je fouille, je déterre mais rien ne vient, rien de rien, le néant total. Et plus je tente obstinément de le ressusciter plus je sens et sais qu’il m’échappe définitivement. Il ne reviendra pas, c’est certain.
J’enrage de ma stupidité. Comment faillir à ce point ? Comment perdre aussi bêtement ce qui était à la fois si simple et si capital ?
On peut perdre quelque chose, cela arrive, à condition que les circonstances soient justifiables, mais lorsqu’il s’agit d’une perte causée par une bourde imbécile, cela est inqualifiable.
Fort heureusement je lâche l’affaire assez vite, perdu pour perdu autant passer à autre chose.
Deux nuits plus tard, je ne sais par quel détour, le mot me revient. Je décide de le noter. Je me lève, vais vers un carnet pour l’écrire mais au dernier moment il m’échappe à nouveau. Je retiens les quatre syllabes. J’écris ce qui me paraît y ressembler ; analogique, analgésique, anti… ce n’est pas ça, je bute sur les lettres et leur agencement. Tant pis. Je ne m’attarde pas.
Le lendemain, en pleine journée, le mot éclate dans ma tête ; Équivoque !!
Oui, c’est lui, aucun doute, je le tiens !
Je l’ai eu enfin. Je souris à cette victoire.
Je consulte promptement la définition dans plusieurs dictionnaires en ligne et je trouve sur la page wikipédia : "Du latin aequivocus, de aequus : égal, semblable, et vox : voix, parole, est l’expression d’une pensée à double sens, susceptible d’une double interprétation."
Me voilà perplexe. Qu’est-ce que cela veut bien dire, que comprendre, quel est le sens de cette révélation ? Quelle est cette voix d'outre espace qui me livre ce mot énigmatique ? Que veut-on me dire ? Je n’en sais rien et je laisse ce mystère en suspend. Je reste amusé de ce jeu absurde où l’on se parle sans se comprendre tout en connaissant les enjeux. Ce qui m’enthousiasme finalement c’est que l’enquête, rondement menée, abouti à la résolution du mot.
Le message d’un au-delà a été bien reçu, n’est-ce pas là l’essentiel ?
Moi-même.