Ces moralistes qui en premier lieu et principalement incitent l’homme à se maitriser suscitent chez lui une singulière maladie : une irritabilité constante à toutes propensions, à tous mouvements naturels, et pour ainsi dire une sorte de démangeaison.
Quel que soit le mobile qui le puisse pousser, entrainer, attirer, emporter, de l’intérieur comme de l’extérieur – il semblera toujours à cet irritable que sa domination de soi risque de se défaire : il ne doit plus s’abandonner à aucun instinct, à aucune libre envolée, mais il se tient constamment sur la défensive, armé contre lui-même, l’œil aigu et méfiant, éternel gardien de la forteresse qu’il est volontairement devenu.
Sans doute, nonobstant cela, il peut avoir de la grandeur !
Mais combien insupportable n’est-il pas désormais à d’autres, combien difficile pour lui-même, combien appauvri et coupé de toutes les belles aventures de l’âme !
Et même aussi de tout nouvel enseignement !
Car il faut savoir se perdre de vue pour longtemps, si l’on veut apprendre quelque chose des réalités que nous ne sommes pas nous-mêmes !
Nietzsche. Le gai savoir.