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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Esprit es-tu là ?

Publié par konrad sur 31 Mai 2012, 09:11am

Catégories : #Divers et variés

"En quelle année d’études étudie-t-on l’âme en neurophysiologie ? " .

En tenant ces propos le "rationaliste de service" avait la certitude d’asséner un argument définitif au cours de cette émission "J’y crois, j’y crois pas" de Tina Keiffer.

Revenant à la charge il déclara "tous les scientifiques sont d’accord pour affirmer que la conscience n’est rien d’autre qu’une activité neuronale".

 

Comme c’est le cas dans ces émissions il n’avait en face de lui que bien peu de scientifiques (des "amateurs", un couturier, etc…).

Pourtant, bien qu’ils soient encore inconnus du grand public, de "vrais scientifiques" , c’est-à-dire des scientifiques dont notre rationaliste serait obligé d’accepter les titres et les publications faites dans des revues spécialisées, affirment que cela n’est pas si simple.

 

Pour un Jean-Pierre Changeux disant que "l’identité entre un état mental et un état neuronal s’impose en toute légitimité", ou un Prix Nobel comme Francis Crick affirmant que nous avec "toutes nos émotions, tous nos sentiments, nous ne sommes rien d’autre qu’un paquet de neurones !", il existe certes des Prix Nobel comme Sir John Eccles ("Nous sommes une combinaison de deux entités") ou Roger Sperry ("L’esprit doit être restauré dans sa position prestigieuse au-dessus de la matière "), pour affirmer le contraire.

Mais il ne s’agit, dans un sens comme dans l’autre, que d’opinions.

Ce qui importe, c’est que l’on dispose désormais d’expériences qui permettent de s’attaquer à la phrase de Changeux que nous avons citée.

 

Benjamin Libet, de l’Université d’Etat de Californie, a réalisé de nombreuses expériences mettant en lumière les indices cérébraux de la conscience.

Sa conclusion est que la relation entre l’expérience subjective, éprouvée par le patient, et l’activité neuronale n’est pas déductible à priori de l’observation physique.

Selon lui, une connaissance complète des évènements neuronaux ne permet pas en soi de décrire ou de prédire l’activité mentale à laquelle ils sont associés.

 

La plus célèbre expérience de Libet montre qu’un délai de 500 millisecondes est nécessaire pour que notre conscience perçoive une stimulation.

En effet, si l’on intervient sur la zone adéquate du cerveau pendant ce délai, le sujet ne sera jamais conscient de la stimulation qu’il a reçue.

Mais, en temps normal (lorsqu’il n’y a pas d’intervention), le sujet est conscient de la piqûre au bout de 25 millisecondes et non de 500 ! C’est à dire au début du processus de traitement de l’information par le cerveau ! Y a-t-il un processus "d’antédatage" de la perception, comme le pense Libet ?

La conscience peut-elle remonter le temps ? Dans tous les cas, ce que cette expérience prouve de façon éclatante, c’est que le temps de la conscience n’est pas le temps des neurones.

 

Certes, tout ceci ne prouve pas l’existence de l’âme.

D’ailleurs on ne peut pas prouver directement l’existence de l’âme. Si elle existe elle est d’un autre ordre que la matière, on ne peut ni la peser, ni la mesurer.

Toute preuve ne pourra donc être qu’indirecte, par la démonstration qu’il manque quelque chose pour expliquer la conscience, même si l’on a une connaissance parfaite des mécanismes neuronaux.

En montrant de façon spectaculaire qu’il n’y a pas identité entre certains états mentaux et les états neuronaux qui leur sont associés, les expériences de Libet constituent la pierre angulaire d’une nouvelle vision de la conscience en cours d’élaboration.

 

Libet est le premier à dire que le matérialisme est encore possible après ses expériences.

Mais pas toutes les formes de matérialisme. Entre autres le "matérialisme éliminationiste" qui affirme à l’image de notre rationaliste que la question d’un esprit ou d’une âme indépendants de la matière ne peut même pas être posée, est lui-même… éliminé !

Comment tenir une telle position alors que l’on démontre que certaines activités mentales ne peuvent pas être décrites à partir des activités neuronales associées ? C’est pourquoi le philosophe Daniel Dennett, spécialiste des sciences cognitives et l’un des leaders du matérialisme outre-Atlantique, a pu écrire au moment de la publication des premiers résultats de Libet que "si les expériences en question devaient être vérifiées ce serait un jour sombre pour le matérialisme".

 

Depuis, ces expériences ont été vérifiées, ce qui devrait inciter certains matérialistes à plus de retenue, puisque la neurophysiologie la plus avancée ne permet plus d’exclure une conception dualiste de la conscience où la "sphère mentale" ne peut se réduire à la "sphère neuronale".

 

Ce concept de l’existence d’une dimension irréductible à la matière se retrouve dans deux autres domaines scientifiques : la physique quantique et l’évolution de la vie.

Saluons à ce propos l’élection de Bernard d’Espagnat à l’Académie des Sciences morales et politiques, section philosophie, car il a été l’un des principaux penseurs à avoir développé les conséquences philosophiques de la mécanique quantique.

Saluons aussi la parution à la une de "La Recherche", revue de référence de l’establishment français, des travaux de Anne Dambricourt Malassé, dont les lecteurs de Nouvelles Clés avaient pu prendre connaissance en avant-première, et qui montrent que l’apparition de l’homme s’inscrit dans un processus se déroulant sur soixante millions d’années, processus insensible aux mutations aléatoires, aux changements du climat et de la végétation.

Ce qui fragilise quelque peu la position de ceux qui affirment que notre existence ne saurait avoir la moindre signification.

 

Libet, d’Espagnat, Dambricourt Malassé ne se connaissent pas, travaillent dans des domaines complètement différents, et pourtant tout se tient. Autour d’eux des dizaines de scientifiques participent, consciemment ou non, à la plus grande révolution conceptuelle depuis la révolution copernicienne : le passage d’un monde mécaniste, déterministe et matérialiste à un monde "réenchanté", à la redécouverte d’une certaine "profondeur du réel".

 

Malgré les ricanements de matérialistes de plus en plus obligés de nier les faits (donc de sombrer dans l’obscurantisme qu’ils reprochaient auparavant aux religions) , et le discrédit que certains farfelus peuvent provoquer en utilisant ces conceptions à tort et à travers, de plus en plus d’évènements nous montrent la réalité de cette révolution que la présente rubrique a pour ambition de vous faire partager.

 

Source.

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