Ce jour-là, le roi était en visite chez le maitre zen Muhak, du temple Kanju-ji.
Il parla ainsi :
« Mon ami, nous nous connaissons depuis de longues années ; nous sommes seuls, j’ai renvoyé mes serviteurs.
Échangeons quelques plaisanteries. Il y a trop longtemps que je n’ai ri !
- À vous l’honneur, Sire, dites-moi quelque chose de divertissant.
- Mon cher Muhak, tout maitre zen que tu sois, tu ne vaux pas mieux qu’un âne, un âne bâté ! Ah, ah, ah ! . . .
À ton tour, fait le roi, dis-moi quelque chose de cocasse !
- Sire, tel que vous êtes en ce moment, vous ressemblez à Sakyamuni au pied de l’arbre de l’Éveil !
- Ce n’est pas amusant du tout, dit le roi. Je te compare à un âne bâté, et tu m’assimiles au grand Bouddha lui-même !
- Mais sire, dit Muhak, c’est le propre d’un âne de ne voir partout que des ânes, et celui du Bouddha de ne voir en tout être que sa nature de Bouddha. . .
Henri Brunel. Le moustique. 70 histoires zen pour rire et sourire. Ed Librio.