Apprendre nous transforme, apprendre agit sur nous à la manière de n’importe quel aliment, qui ne se borne pas à " entretenir la vie ", comme les physiologistes le savent bien.
Mais au fond, " tout au fond " de nous, il existe quelque chose de rebelle à l’instruction, le granit d’un fatum spirituel, d’une réponse prédéterminée à un ensemble de questions prédéterminées.
Quand il s’agit de n’importe quel problème cardinal, une voix que rien ne peut changer s’élève en nous pour dire : " Je suis cela " ; sur l’homme et la femme, par exemple, un penseur ne peut pas changer d’opinion, il peut seulement découvrir jusqu’au bout ce qui est " arrêté " en lui sur ce point.
Nous trouvons de bonne heure certaines solutions à des problèmes, et ces solutions nous inspirent une foi solide ; peut-être les nommerons-nous dès lors nos " convictions ".
Plus tard nous ne voyons plus en elles que des étapes de la connaissance de nous-mêmes, des jalons qui mènent au problème que nous sommes, ou plus exactement à la grande sottise que nous sommes, à notre fatum spirituel, à ce qui tout au fond de nous résiste à l’instruction.
- Après cette politesse, cet aveu que je fais à mes dépens, on me permettra peut-être d’énoncer un certain nombre de vérités sur " la femme en soi ", puisqu’on sait maintenant que ce ne sont que mes vérités. -
Nietzsche. Par-delà bien et mal. Folio essais.