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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


La vie des petites gens en plein ciel.

Publié par konrad sur 11 Janvier 2018, 13:47pm

Catégories : #Ma prose en 2018

Raymond Depardon. Photographe.

Raymond Depardon. Photographe.

 La ruelle était si étroite que seule une voiture prudente pouvait s'y engouffrer. Elle formait un goulot d'une trentaine de mètres de long environ qui s'élargissait ensuite en une petite rue bordée de maigres pavillons et de jardins maraîchers avant de s'échouer en cul de sac sur une rivière.

Les murs étaient si haut de chaque coté que le soleil n'entrait jamais et si peu de lumière que la pénombre y avait élu domicile toute l'année. Aucune fenêtre ne perçait les façades, seule une minuscule porte avec deux carreaux occultés par des rideaux de cuisine laissait imaginer une habitation.

Chaque jour en rentrant de l'école j'empruntais ce chemin pour aller chez ma grand-mère qui habitait la dernière maison avant la rivière.

 

Les beaux jours il arrivait que la porte fut grande ouverte sur une béance si sombre que mon regard n'a jamais percé plus loin que l'entrée. Dans mon regard d'enfant se tenait parfois sur le seuil une vieille dame aussi petite que grosse, toute de noir vêtue. Sur le maigre trottoir qui défendait sa porte elle portait un balai ou un torchon à la main occupée à quelque tâche insaisissable, à moins qu'elle ne prenait l'air à l'image de ces reptiles qui sortent de leur tanière pour se réchauffer. Je ne ressentais aucune inquiétude en la croisant, elle répondait sans équivoque à mon bonjour, seulement un sentiment d'étrangeté. Quel curieux destin l'avait contrainte dans ce réduit ombrageux ? Quel sort l'avait plongée dans cet antre de réprouvé ? Quelle misère l'avait poussée dans cet ultime refuge ?

Jamais je ne l'ai croisé ailleurs que devant sa porte et jamais personne d'autre qu'elle, mari ou enfant. Unique et solitaire habitante de la ruelle, elle apparaissait et disparaissait tout aussi furtivement sitôt le goulet dépassé.

Je n'ai jamais rien su de sa vie, de son histoire, mais sa discrète présence s'est imprimée dans ma mémoire comme le témoin d'un monde où nous ne sommes que de passage.

 

Moi-même.

 

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