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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Perspective adamantine.

Publié par konrad sur 23 Janvier 2018, 15:13pm

Catégories : #Ma prose en 2018

Gustave Courbet.

Gustave Courbet.

Je n'ai jamais été aussi angoissé à l'idée de travailler. A tel point que mes nuits sont hantées par ce cauchemar.

Curieuse et inédite sensation alors que la situation est simple. Je suis au chômage et une agence intérim me propose un boulot de manœuvre payé au SMIC.

Normalement, entre un chômage à 700 euros et le SMIC, on ne réfléchit pas trop longtemps, on saute sur l'aubaine. Oui, sauf que quelque chose en moi résiste et se cabre devant ce qui paraît aller de soi.

J'ai beau chercher je ne saisis pas totalement les causes de ce malaise. Une parmi d'autre est qu'il s'agit d'une question de souplesse.

 

En effet, quand on est jeune on enjambe bien souvent les contrariétés avec la désinvolture et le sentiment que l'avenir corrigera de lui-même les erreurs commises. On se lance avec assurance sans présumer du futur, on a pour soi les forces vives et impétueuses de la jeunesse.

Puis vient un âge où l'on sait que l'obstacle ne se franchira pas aisément. Qu'il ne suffira pas d'un simple coup de reins pour retomber sur ses jambes. Le corps regimbe à l'effort gratuit, il anticipe la difficulté, l'évalue, la mesure, la soupèse car il sait par nature l'état de ses forces.

 

Dans ce cas mon envie de travailler est tempérée par l'expérience. Je connais les risques, le rythme à fournir et les courbatures à venir. Je ne suis pas prêt à consentir sans rechigner aux horaires fastidieux des journées de labeur dont mon corps supporte le poids quotidien.

Et je suis las d'obéir aux injonctions de la morale économique, fatigué de croire au mythe du progrès et aux sirènes de la croissance. Je crois de plus en plus que ce système relève de l'imposture. Il me suffit d'entendre le discours abstrait des politiques ou des économistes pour me convaincre qu'ils ne parlent que pour eux dans un entre-soi d'où sont exclus tous les sans-emploi, les sans-papiers, les sans-abris, les sans-dents, les sans-domicile, les sans-patrie...

 

Ils ont beau entonner des incantations sur les taux d'intérêts favorables, sur la confiance des investisseurs, sur la productivité et la compétitivité, leurs mots ne comblent pas la fracture entre ces deux mondes qui ne cesse de se creuser. Je constate la dégradation des conditions de travail et les rapports désastreux dans les entreprises et j'en viens à souhaiter, non sans inquiétude, que ce système s'effondre, qu'il implose sous sa propre iniquité et inhumanité car il constitue la source même du malaise de notre civilisation.

 

Comment ne pas être, dans ces conditions, désabusé et quelque peu fébrile à l'idée d'entretenir ce jeu de dupes. Mon angoisse participe en partie de ce constat mais elle est aussi le symptôme d'une prise de conscience. Un changement, encore confus, se profile. A moi d'en faciliter l'émergence.

C'est dans cet état d'esprit que je vais accepter cet emploi pour quelques mois. Comme un tremplin pour établir les bases de mon renouvellement. Si toutefois mon intuition ne me trompe pas...

 

Moi-même.

 

 

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