"L’Orient a toujours su que le milieu dans lequel on vit est le réceptacle de vibrations subtiles, dont le tissu en détermine la qualité.
Le degré de pureté des effluves mentaux et psychiques émanant d’êtres purifiés – pureté lentement élaborée à l’aide de jeûnes, d’exercices modifiant les rythmes respiratoires et physiologiques, de tout un mode de vie fondée sur la chasteté et la concentration – contribue à filtrer et alléger l’atmosphère ambiante, à contrebalancer les effluences négatives se dégageant d’individus encore étrangers au processus de transformation.
Ces effluences sont composées de tensions obscures, de conflits qui émettent leurs irradiations propres et qui, lorsqu’ils ne sont plus réfrénés, combattus, ou du moins équilibrés par d’autres forces, altèrent, d’impondérable en impondérable, l’harmonie générale, contaminent et détériorent la nature des rapports sociaux, se répercutent en trains d’ondes infinitésimales jusqu’au bord opposé de la création, se cristallisent partout sous formes de disputes, de meurtres, de suicides et de guerres. Pollution plus grave encore que celle de la nature (qui n’en est qu’une conséquence), car ses causes sont insaisissables, contagieux, ses effets.
De ce point de vue, la lente réduction du nombre des ascètes, dont telle instance politique, initiatrice toujours possible d’une "chasse aux sorciers", pourrait se prévaloir comme d’une victoire de plus à son actif, ne peut que favoriser la violence totalitaire, qui écrase de son plomb les dernières enclaves d’apesanteur spirituelle."
Jean Biès. Les chemins de la ferveur. voyage en Inde. Terre du ciel édition.
