(…) Alors il y a eu le laid.
Propos sur l'art.
Je ne pouvais pas rester immobile en face de lui dans mon art, car j’avais pour tâche non pas d’être au-dessus des choses mais dedans.
C’était pour cela, pour être même dans le laid, que j’avais l’intériorité.
Je ne pouvais pas me coucher à coté du lépreux, faute d’amour.
Je n’aurais pas converti la lèpre en son radieux contraire. Mais je devais pénétrer à l’intérieur, jusque là où la lèpre avait encore une innocence, une enfance ; là je devais rassembler toutes mes forces, insister jusqu’à ce qu’elle me crut, car sa beauté c’était qu’elle ne sut rien d’elle-même, qu’elle fut seulement.
Et dans cette beauté je la conquérais, devenue chose, elle entrait dans le monde de mon art. (…)
Rainer Maria Rilke. Correspondance.
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