Sylvia Plath a écrit :
La poésie ne sauve pas,
La poésie ne sauve rien.
Mais il y a la poésie.
Dans le réel, à trente ans
Sylvia Plath a posé sa tête dans le four à gaz
Si je ne l’ai pas copiée
C’est parce que de nos jours
Les fours sont électriques
Mais surtout
Oui
Surtout
Parce que je crois au Verbe
Souverain et alchimique
Rien ne peut écailler la couleur des voyelles
Même pas le capitalisme
Qui pourtant sait y faire
Pour frotter tous les mots
Avec du papier de verre
Et puis les évider
De leur sens
De leur sang
Bien sur, il sait y faire
Pour effacer les mots
Et en créer plein d’autres
Très laids et en plastique
Jetés dans les open spaces
Comme des jouets à des chiens
Qui doivent être détournés de ce qui les occupe
Une ancestrale astuce
Pour raccourcir la laisse
Et nous faire oublier
Que
Ce n’est pas le monde qui nous pense
Le monde ne pense plus
Il bave
Juste
C’est ça
Il bave
Chaque jour dans cette salive
Même la boue se dissout
Tout autant que nos crânes
Chaque jour
Nous nous noyons
Si ma noirceur crépite
Le long d’un ciel de traîne
Corps vivant
Peut-être femme accomplie
Arrivée de si loin
J’ai tué de mes mains
Combien de serpents blancs
Avant de crever le vide
Disséquer ma fureur
Poignarder toute aigreur
Les consonnes sont lucides
Le réel ne peut rien
Dès qu’elles sont pigmentées
La poésie sauve ça
Et fait un joli teint
Alors il y a la poésie.
Chloé Delaume. (Extrait de son recueil Sans oublier qu’en plus c’est bien la fin du monde.) Le Castor Astral, 2026.
Poèmes à l’usage d’un monde en flammes.
21 voix pour raconter l’époque. Éditions le Castor Astral/Anthologie.
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