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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Les maux de la fin.

Publié par konrad sur 3 Novembre 2018, 11:33am

Catégories : #Ma prose en 2018

Prélevée sur la toile.

Prélevée sur la toile.

Histoire d'amour ? Il s'agit bien d'histoire car dans le fond l'amour a peu à voir dans ce qui relève essentiellement d’intérêts personnels.

C'est légitime, nous sommes une espèce voué à la finitude et nous cherchons à durer, à perdurer le plus longtemps possible dans les meilleures conditions possibles.

Ces intérêts peuvent être d'ordre pécuniaire, sécuritaire, d'ambition professionnelle, de reconnaissance affective, de statut social, d'élévation spirituelle… Et l'amour fait partie des stratégies mises en place pour défendre et faire prospérer ses intérêts personnels. Dans bien des cas il fluidifie les rapports et souvent sert de lubrifiant pour ne pas sentir à quel point on se fait fourrer.

Mais ne cédons pas au cynisme, l'amour a toute sa place en ce qu'il permet d'apercevoir fugacement l'Être au-delà de la personne. En un instant se dévoile ce qui échappe d'ordinaire à nos sens, et cela seul l'amour le permet. Je me représente l'Être comme une présence gigantesque située un peu en retrait de la forme physique, la dépassant considérablement tout en l'incluant. Cette stature immense est le potentiel de grandeur de l'être humain que celui-ci peut difficilement contenir tant sa forme est fragile et instable. Il faut être un saint ou un individu ayant dépassé ses intérêts personnels pour manifester cette grandeur.

Pour la plupart nous sommes tellement soumis à des impératifs matériels ou affectifs, pris dans des compromissions diverses que nous ne pouvons entretenir sur l'amour que de vagues idées et des approximations et les valeurs souvent érigées en principe sont vite contredites par nos actions.

 

C'est ainsi que je me suis retrouvé à ne plus offrir d'intérêt. Je dois reconnaître que sur ce marché je ne suis pas très concurrentiel ni compétitif et j'ai de sérieuses lacunes. Je suis un peu naïf comme Perceval qui dans le château du roi voit passer le Graal et ne pose pas la question qui pourrait restaurer le royaume. Ce benêt obéit consciencieusement à sa maman qui lui a enjoint de pas poser de question chez les gens que l'on ne connaît pas. Aussitôt il est éjecté sans sommation du château.

Et me voilà, sitôt congédié, sitôt remplacé.

 

Je ne comprends pas. Quoi ? Que s'est-il passé ? Tout ces échanges, ces partages, ces idées, ces principes et valeurs sur une haute et exigeante conception de l'amour, de la fidélité, de l'exemplarité et la sacralité du couple, tout cela n'a pas existé, n'a pas de consistance ni d'importance ?

 

Je sens qu'une digue se rompt dans ma tête et des hordes de Huns et de mongols déferlent et me submergent. Je les connais bien ces sauvages, ils détruisent tout sur leur passage. C'est l'invective, la rage, la destruction. Pourquoi, comment, qui, quand ? Mon cri ne perce pas le vacarme, c'est un cataclysme dans mon crâne. Qui, quoi, comment… ? Ces questions sont celles du condamné, de l'agonisant qui cherche par quelque moyen à retarder la fin ultime. Il sait bien que la réponse importe peu, que le couteau qu'il a dans le dos qu'il soit fait en inox ou en acier de Damas ne change rien à la douleur.

La tempête enfle, je suis dans les cinquantièmes hurlants. Dans cette mer de tous les périls, il n'y a rien à faire. S'attacher au mât comme Ulysse, en plus se boucher les oreilles, masquer son regard et faire le dos rond. Je finirais par atteindre une grève sur laquelle exsangue, contusionné, des ecchymoses à l'âme, à peine un souffle, nu, dépouillé de tout je serais jeté sans égard. L'amour-propre, l'estime de soi délabré, je suis moins que rien, un tas de gravas. Je dois veiller à ne pas user du poison toxique et mortifère qu'est la haine de soi.

Pour me sauvegarder je me réfugie dans mon intériorité et je calfeutre tous les orifices, je renforce les fermetures, je n'ouvre ni ne parle à personne. Je sais qu'il y a comme dans les tremblements de terre des répliques de diverses intensité. J'attends dans le silence que les pensées délétères refluent.

Puis je fais le ménage. De tout ce fatras je ne garde que la beauté. Que celle qui s'offre sans condition ni jugement au premier regard encore nimbée de rosée. Cette beauté précieuse je la conserve et la chérie. Le reste, les histoires d'amour avec âme-sœur et prince charmant, je les balance au loin comme autant de foutaises qui ne veulent rien dire.

 

Moi-même.

 

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