Assis à la terrasse du café je laisse mes pensées filer au gré des passants. Il y en a de toutes sortes. Chacun, absorbé par sa tâche, s'active indépendamment des autres. Et personne ne s'en émeut.
Tous ont connu une part d'innocence dans l'enfance (moi compris), puis, telle une huître se sont cristallisés autour d'une histoire personnelle à laquelle ils s'identifient. Ainsi, mon histoire c'est ma vie. Ce que je vois, pense, ressent, est ma réalité.
Pourtant, au sein de cet apparent et absurde désordre re-naît une intuition fulgurante, une intime conviction ; quelque chose lie ces existences désunies. Un esprit souffle sur nos entités, qui ne se laisse pas enfermer dans nos cogitations élaborées ni ne s'accable ou se résout à notre irrépressible sérieux.
Cet esprit commun, tout à la fois présent et détaché, me paraît contempler la scène comme je regarde un film ou lis un livre. En sachant qu'il s'agit d'une histoire. Peut-être que cette histoire, à laquelle je crois, me faut-il la considérer comme un jeu. Un jeu a jouer avec gravité, mais le soir venu le laisser pour ce qu'il est et s'endormir ravi d'avoir joué.
Moi-même.
