Lorsque j’étais enfant je voulais devenir vieux, tout de suite. Il me semblait qu’être vieux c’était savoir des choses, comprendre la vie et sortir des afflictions qui m’obstruaient l’existence. Dans ma tête, vieux signifiait être adulte, avoir un statut et de la considération.
Aujourd’hui que j’ai atteint cet âge envié, je m’aperçois que je ne comprends rien à la vie, que je n’ai acquis aucune sagesse, aucun attribut respectable ou enviable. Pire, je me rends compte que je deviens un vieux con ! Je vitupère contre ceux qui conduisent sans mettre leur clignotant en aucune circonstance comme si celui-ci était une option. Je maugrée contre celles et ceux qui laissent leur caddie de supermarché en plein milieu de l’allée. Je peste contre ceux qui se garent mal dans les places de parking pourtant délimitées par des bandes blanches. Pour toutes ces petites broutilles je bougonne. J’ai le sentiment de glisser inexorablement dans le ressentiment et le désœuvrement.
Quelle triste constat. La vieillesse n’est pas ce stade épanoui de la vie auquel je rêvais. Que faire ? Je n’en sais rien, sinon attendre la fin en espérant que ce ne soit pas une décrépitude lente et laborieuse. Avant cela je rêve toujours de spiritualité, d’éveil, de réalisation du Soi et d’atteinte de ma vraie nature. J’en rêve car pour le moment je n’y consacre que des pensées qui ne produisent rien de concluant. Je suis trop dilettante probablement pour obtenir un quelconque résultat et la plupart des gens qui, sur le web, professent sur le sujet me consternent et m’insupportent.
Autrement dit, je suis mal barré. Mais qu’importe, j’ai au fond de moi une petite étincelle de lumière qui m’aime bien. Je le sais, c’est ainsi, et pour une bonne part, suffisant. Alors je fais contre mauvaise fortune bon cœur.
Moi-même.