Charles Antoni : Comment commencer le travail ?
Stephen Jourdain : On peut commencer à travailler mais en ayant impérativement situé, auparavant, la demeure dans laquelle on travaille, et la demeure c'est : mon esprit.
Quand je dis mon esprit, je ne jette pas le discrédit sur mes sensations, sur mes sentiments... La demeure c'est tout de même bien l'esprit. Et c'est au sein de cet esprit que la partie va être gagnée ou perdue, et à notre insu puisqu'on n'y fait aucune espèce d'attention.
Il y a un miracle qui s'opère, c'est le miracle fondamental, qui est le fondateur de notre propre existence, et hors duquel nous n'aurions aucune sensation ! Ce serait le néant de nous-mêmes. Dans toutes les régions de nous-mêmes ça ne serait que le néant de nous-mêmes. Ce miracle c'est le miracle par lequel l'être intérieur que je suis, le sujet intérieur que je suis, peu importe la terminologie, se connaît lui-même directement, et non pas intellectuellement... c'est bien ça le miracle !
[…] On doit trouver, dans tous les livres qui ont été consacrés à cette expérience, quel que soit le maître qui s'exprime, cette réaction de l'homme en qui ce choc se produit, qui est : " Nom de Dieu ! C'était tellement simple ! Ce n'était que ça ! J'allais chercher midi à quatorze mille ans, et c'est d'une simplicité lumineuse ! "
Par rapport aux immenses complications, aux immenses sophistications, l'étonnement c'est : " Mais merde ! ". En fait si on emploie le langage chrétien : " Merde ! Dieu c'est ce mégot ! C'est inconcevable ! " Et forcément on se dit : " Donc Dieu ça ne serait que ça ! " On le dit avec étonnement, et non pas pour dévaloriser la découverte. Il y a tout de même cet étonnement : " Quoi, c'est dans la matière-même de la vieille lessiveuse de ma grand-mère qu'était la pierre philosophale ! C'est tout de même quelque chose que cette histoire là ! "
Et si on veut bien comprendre, renoncer à toutes les interprétations, à toutes les philosophies, à tout ce qu'on a appris, avoir l’œil de l'intelligence en face de son trou, et réaliser que moi veut dire moi, et qu'un moi impersonnel n'a aucune signification, que ce n'est qu'un mensonge éhonté que charrie involontairement tout ce ce qui a déferlé d'Orient, peut-être même tout ce qui a déferlé d'occident également..., que moi veut dire moi, à partir de ce moment-là le choc de la collision peut se produire. […]
Stephen Jourdain. La parole décapante.
Entretiens réalisés par Charles Antoni.
Charles Antoni l'Originel éditions.