(...) En art, quiconque s'est jamais contenté d'un résultat inférieur au meilleur dont il était alors capable, est perdu pour le meilleur.
C'est pourquoi j'ai toujours évité d'engager ma nature à produire à tout prix.
C'est pourquoi je ne lui ai jamais donné d'engrais, ni ne l'ai traité par artifice ou ruse, ni ne lui ai demandé de me faire pousser une plante sous un panier renversé en un tournemain comme le font les magiciens de l'Inde.
Je n'ai jamais cherché la magie, ni un poison qui me fit briller le sang comme une fleur vénéneuse; mon cœur n'a pas eu besoin qu'y fermentent les boissons pour se gonfler.
Quand il l'a fait, ce fut selon les lois irrésistibles de la marée.
Quand j'ai été inspiré, ce fut par l'esprit insaisissable, souverain, qu'on ne peut évoquer ni implorer. (...)
Rainer Maria Rilke. Correspondances.
