Dieu, tu es sujet pur et non objet. Tu es moi. De plus, tu es suprêmement humble, exquisément petit : t'écrivant toi-même - à l'aide de l'encre de la conscience pure - tu ne te majuscules jamais. Au caractère gras de corps 16, tu préfères la plus minuscule des minuscules.
Vraiment, tu es si petit, que ton adorateur - toujours en quête du monumental - pourrait fort bien t'écraser sous son pied par inadvertance !
Dès lors, comment s'adresser à toi ? C'est à la deuxième personne qu'on s'adresse, pas à la première.
J'en ai déjà fait la confidence... Parfois, il m'arrive de regretter le temps où, ne sachant rien de ta nature, je pouvais tomber à genoux comme tout le monde, t'exprimer ma reconnaissance.
Mais, Dieu-moi, ne suis-je pas aussi Ignorance, je veux dire Innocence, Non-Savoir pur ? Je ne sais rien ; à soixante huit ans, je ne sais rien - et pas même cela.
Alors, Dieu, merci !
Merci de m'avoir permis de rencontrer maints esprits qui te recherchent avec élégance et dignité, en t’honorant et en s’honorant eux-mêmes. Merci d'avoir fait qu'en dépit du torrent de vénalité et de niaiserie sous lequel, aujourd'hui, succombent vingt cinq siècles de civilisation, la petite flamme indéfinissable de l'intelligence vraie, faite d'humanité, d'ingénuité, de rigueur et de feu, continue à brûler.
Stephen Jourdain.
