Il y a un aspect, dans le domaine de " l’éveil " qui m’apparait comme un malentendu ; c’est la confusion entre le psychisme et le spirituel.
Nombre de gens font étalage de leur ressenti en leur attribuant un dessein spirituel alors que celui-ci témoigne simplement d’un degré de perception plus ou moins subtil de la réalité.
Si l’un et l’autre produisent des phénomènes " analogues ", qui de ce fait prêtent à confusion, ce qui les distingue, à mon avis, c’est que le psychisme est relié au MOI, tandis que le spirituel est supra-personnel.
Un phénomène spirituel authentique dépasse la simple notion d’un " je " égotique et a une portée " universelle ", alors que sa traduction dans le psychisme reste contingente au " personnel ".
D’une certaine manière le spirituel est cause d’effets perceptibles par le psychisme.
Et la tentation est grande, par mollesse, par facilité ou manque de rigueur, de réduire la cause à ses effets.
C’est que l’accès à la " spiritualité " ne dépend pas que du MOI et d’une volonté personnelle mais d’une sorte de " grâce ", dévolue selon de mystérieux accords, par l’esprit Absolu.
Le passage à cet état est une sorte de saut quantique qui ne relève d’aucune stratégie préconçue et reste l’attribut de la transcendance.
Ce mystère, que l’on tente par toutes sortes d’artifices d’élucider en le réduisant au psychologique est un travers de notre modernité.
Cette volonté de tout expliquer, de tout comprendre, quitte à falsifier le Réel, est le signe d’un désarroi profond.
Celui d’un MOI hypertrophié qui veut faire tourner le monde autour de son nombril et qui refuse de sortir de cet infantilisme.
La conséquence est un relativisme qui nie toute transcendance et laisse abusivement croire que la sensation est la parole d’un dieu qui nous habite.
N’est-il pas un simulacre qui se prend à jouer avec la créature en mal de toute puissance ?
Ce manque d’humilité, cette cécité de l’âme égarée dans l’autosatisfaction ne voit plus la beauté du mystère.
Elle ne voit plus dans cette simplicité même l’appel sincère d’une dimension qui est la porte et le seuil de ce mystère dont on ne peut rien dire.