Et si ce que nous tentons de conjurer par tous les moyens depuis le commencement ce n’était pas tant la peur de la mort que la vie elle-même ?
Une vie que nous nous efforçons par toutes sortes d'artifices d'éradiquer au profit d'un bien-être de pacotille.
La vie n'est pas dans ce théâtre d'ombre où tout n'est que leurre et faux semblants où l’agitation masque notre impuissance à vivre. Elle n'est pas dans la culture qui travesti le désir en
l’affublant de formes vulgaires et honteuses. Elle n’est pas dans la mondanité qui tente de policer, de civiliser, d’habiller le sauvage en soi pour lui donner une figure acceptable.
Le primitif engage un corps à corps avec le réel. Juste lui, créature fragile tendue entre le créateur et la création, pont instable sans cesse menacé entre la matière et l’esprit. Seulement lui
et toutes ses facultés en prise avec les forces vives, les torrents de désirs contradictoires sur lesquels il vogue vers l’avènement de sa nature totale.
Il s’agit d’être lucide, d’une lucidité telle que l’effroi d’une telle vision requiert un courage qui me fait défaut.
Alors je m'endors dans le rêve que je vis...