L’idée du président candidat de recourir au référendum sur la question du chômage, par exemple, est une infamie.
C’est faire appel, sur cette question, au populisme le plus vulgaire en flattant le pouvoir de la foule tout en se prévalant de donner la voix au peuple.
Plutôt que déterminer une politique claire de l’emploi on substitue, comme aux jeux du cirque romain, la réponse du peuple qui décide d’un geste si celui-ci doit accepter n’importe quel emploi ou ne plus toucher ses allocations.
Il y a un cynisme pervers à faire juger les plus démunis par ceux qui ne sont guère mieux lotis et qui craignent à tout moment de rejoindre les rangs des précaires.
Façon de détourner la violence qu’engendre la cruauté économique et sociale sur un bouc émissaire dont on sait que dans l’état où il se trouve il ne peut guère réagir.
Certes il y a des abus mais c’est à la marge, cela ne représente qu’un faible pourcentage de ceux qui se retrouvent dans cette situation.
Pour avoir été un temps allocataire du RMI je peux témoigner que la majorité des gens qui le touche sont dans des états de misère accablante.
Personne, ou très peu, ne désire être assisté et peut dire que le statut de chômeur est enviable.
D’autre part soumettre à référendum cette question c’est implicitement avouer un échec, c’est se dégager d’un problème en le laissant à d’autres et surtout c’est faire porter sur le chômeur le poids d’une culpabilité qui lui est étrangère.
Sur lui repose la faute et la responsabilité d’une situation économique et financière désastreuse.
Si l’état n’a plus les moyens de ses ambitions c’est la faute aux pauvres et aux assistés.
Logique du capitalisme débridé qui ne rêve que de faire travailler gratuitement ou à très bon marché le " peuple " qu’il considère comme une main d’œuvre corvéable à merci.
Ce souverain mépris a des racines profondes alimentées par des croyances ancestrales que la fortune est un héritage de la providence et que la pauvreté est une disgrâce ontologique.
Cet ordre des choses a facilité un certain temps la docilité et la résignation du plus grand nombre.
Mais aujourd’hui ce ne sont pas des mesures de cette nature qui peuvent régler les problèmes auxquels nous sommes confrontés.
Ce n’est pas en précarisant sans cesse davantage de gens, en fustigeant les uns contre les autres, en défendant une économie de prédation que l’on se portera mieux.
Répartissons mieux les richesses, produisons moins, réduisons nos consommations, créons du lien...
Ayons de l’audace, de l’imagination, de l’utopie !