A sa mère qui lui demande ce qu’il a voulu dire dans " Une saison en enfer ", Rimbaud répond :
"J'ai voulu dire ce que cela dit, littéralement et dans tous les sens".
Par quel mystère cette phrase est-elle venue se loger dans ma tête alors que rien ne le présageait ?
Elle est restée un long moment, se récitant d’elle-même sans que j’en épuise tous les sens.
Que rajouter de plus ? Rien à rajouter au Réel dit le poète.
Tout est là, tout est dit.
Le poète, au terme de son voyage, cède au voyant la lucidité d’une réalité implacable.
Ce n’est pas en son nom qu’il parle, mais se fait le propitiateur du "cela", littéralement et dans tous les sens.
Un cela qui n’est autre que la part invisible contenue dans le Réel.
Tout le génie de Rimbaud est de faire apparaitre ce que nous ne voyons pas, bien que nous l’ayons sous les yeux.
Ce surgissement ne nait pas du néant mais de ce qui s’offre à nous, même dans la plus triviale apparence.
C’est cette inversion du regard qui ne porte pas au-delà mais au-dedans qui opère cette transfiguration et nous saisit "littéralement et dans tous les sens".
Cela fait écho à une phrase d’Abhinavagupta qui me revient en mémoire, avec lequel j’imagine Rimbaud en bonne compagnie.
"La délivrance ne consiste donc pas à transformer l'âme, le Soi, mais seulement à enlever ce qui empêche ses qualités éternelles de se manifester."
Abhinavagupta. La liberté de la conscience.
David Dubois. Ed Almora.