Je sais tout, mais je n’y comprends rien. René Daumal.
Aussitôt que je lus cette phrase je sus qu’elle m’était destinée.
L’évidence sans contredit me tomba dessus.
J’avais beau la déloger de mon esprit, comme on chasse une mouche importune, rien n’y faisait ma tête restait son lieu de prédilection.
Quelle substance particulière habille les formes, même celles de nature si dissemblables, qu’elles paraissent animée d'une intention ?
Je sais tout, mais je n’y comprends rien.
Les certitudes se dérobent laissant apparaitre un vide éloquent dont seul le silence peut rendre compte.
Un vide qu’un réflexe instinctif de survie tente de combler au plus vite par toutes sortes de raisonnements.
Mais celui-ci est si vaste et abyssal qu’il anéanti toute volonté de résistance.
A bien le regarder, (à moins que ce ne soit lui qui me regarde ?…), ce vide semble être plein d’un substrat indéfini, mouvant, réactif.
Il est d’une indéfectible neutralité, dénué d’affectivité, de sentiments.
Curieusement, à mesure que la clarté se fait, il m’apparait que nous sommes consubstantiels, qu’il est moi et que je suis lui, mais un moi plus vaste moins comprimé, moins personnalisé bien que distinct.
Je ne sais rien, mais je comprends tout.
Je me réveille... libéré...