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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Le Boulolacon.

Publié par konrad sur 7 Juillet 2011, 13:23pm

Catégories : #Ma prose en 2011

Écrit à la manière du " Papalagui ", voici un texte anonyme (bien que la signature Drougnoklass ne nous dise rien qui vaille) reçu de la plus étrange façon, duquel nous ne saurions penser quoi que soit, si ce n’est qu’il s’agit du témoignage d’un étranger à notre civilisation qui raconte son aventure à ses congénères restés au " pays ".

 

Ne sachant rien de l’auteur ni du contexte dans lequel a été écrit cette missive, nous ne pouvons en garantir ni l’authenticité ni la véracité.

Aussi nous prions le lecteur de garder la plus grande prudence face à un texte qui peut s’avérer n’être qu’une fiction.

La probité n’étant pas notre qualité première nous avons choisi de mettre ce texte en ligne, dont le sérieux est accessoire, à partir du moment où il ne présentait pas de caractère diffamatoire ou insultant.

 

" Mes amis,

 

Vous savez que j’ai choisi d’entreprendre ce voyage afin de satisfaire à une curiosité intarissable et légitime.

Le peuple que je visite est de ceux qui règnent sur ce monde et dont vous mesurez, par de multiples exemples, toute la distance qui nous sépare de leurs mœurs.

 

Le boulolacon (nom donné à l’individu de l’espèce ainsi qu’à sa caractéristique principale. NDT) a une divinité principale qui s’appelle consommation, à laquelle il sacrifie chaque jour.

Il vient au grand temple qu’il appelle " hyper ou super ", avec sa famille dans sa caisse à fumée, retirer les offrandes qu’il emporte chez lui afin de les adorer.

Il prie sa divinité en lui demandant toujours plus de " pouvoir d’achat ".

Le mot pouvoir auquel il semble tant attaché, le fait courir toute sa vie, car sans ce pouvoir, le boulolacon est considéré comme un moins que rien.

 

Pour en savoir davantage je me suis plié aux coutumes de ce peuple.

J’ai donc trouvé un travail dans un petit lieu de villégiature avec un logement sur place afin de ne pas perdre de temps et d’être toujours disponible. (Le temps est aussi une donnée très importante chez le boulolacon, sans celui-ci il est perdu. NDT)

J’ai un salaire à mi-temps qui me permet juste de payer mon loyer.

Pour ce qui est de me nourrir et me vêtir il me faut trouver un autre travail à mi-temps.

On me dit que je ne dois pas me plaindre, que mon salaire de bengalais n’est pas si mince en regard d’autres pays, et que sacrifier à la divinité consommation ça se mérite.

 

Ici tout le monde est logé à la même enseigne ; le jeune qui n’a jamais travaillé, celui dont on ne sait d’où il vient et l’ancien avec son expérience et ses compétences, reçoivent tous le même salaire.

Sur certains points le boulolacon ne sait pas faire la différence entre le " digisquains et le niorgoveulgains " (mots dont nous n’avons pas la traduction. NDT), ce qui montre le peu d’estime qu’il porte aux siens.

Ce qui est paradoxal car beaucoup sont affublés de titres honorifiques auxquels ils tiennent beaucoup et qui leur donne un air d’autorité et de supériorité.

Il s’agit là d’une autre forme de ce " pouvoir " qui fonde leur existence et les distingue entre eux.

Ils se nomment " chef ", " directeur " et cela leur octroi un pouvoir sur ceux qui sont subalternes " employés ", "ouvriers", celui de leur dire ce qu’il faut faire.

 

La façon dont est attribué le " pouvoir " reste un mystère.

Ce n’est pas toujours la compétence ou la valeur qui prime, mais l’obéissance voire l’obséquiosité qui compte.

La confiance et le respect qu’accorde le boulolacon à ses congénères est proportionnel à son statut dans le " pouvoir ".

Ils appellent cela " l’échelle sociale ".

Tout le monde veut gravir les marches du pouvoir et personne ne veut descendre.

Celui qui est en haut fait tout pour y rester et celui qui est en bas fait tout pour monter, ce qui entraine beaucoup de malheur.

 

Le " grasniaflourd " (mot péjoratif qui désigne un potentat, mais nous n’en sommes pas certain. NDT) quel que soit le barreau de l’échelle atteint, s’identifie à sa fonction et cela le gonfle de " triphasias " (orgueil. NDT)

Il se prend pour un " rastrapoil " (sorte de paon ridicule : NDT) et se dandine comme si grandi il voyait plus haut que les autres.

 

Celui qui est au pied de l’échelle, comme je le suis vous vous en doutez bien, voit dégringoler sur sa tête tout le mépris dont les autres, ne sachant qu’en faire, déversent en se soulageant.

On lui dit à peine bonjour, il est inexistant ou du moins n’existe que par la tâche qu’il effectue et n’a de reconnaissance que les miettes qui tombent fortuitement de la table du " grasniaflourd ".

 

La technique, absurde de notre point de vue, consiste à gravir les marches afin de mettre des " employés " en dessous de soi, plutôt que se voir tels que nous sommes sans ces masques de " dgiglunge " (carnaval. NDT)

 

Mais le peuple des boulolacon ne semble pas prêt de changer, il a trop peur de perdre son " pouvoir " car il pense que sans lui il n’est qu’un pantin désarticulé.

 

Mes amis, je constate à quel point les " frilchter " (arriérés. NDT) ne sont pas toujours ceux que nous croyons.

Que cela nous serve de leçon, n’attendons pas trop de ceux qui se pensent meilleur, bien souvent ils ne veulent pas voir leurs insuffisances.

Je dois aller " mériter " mon salaire comme ils disent, en espérant qu’il ne soit pas dévalué par une quelconque décision brutale comme me le confie un ancien qui connait les coutumes.

 

" ouffsdainss de cralviste " (expression ironique qui souligne l’absurdité d’une situation. NDT)

 

Encore quelques périodes et je suis de retour parmi vous mes amis.

Nous ouvrirons une " draswll " (boisson locale. NDT) en l’honneur de notre vie qui ne s’évertue pas à faire mourir pour survivre."

 

Drougnoklass.

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