En réfléchissant sur le désir je notais une chose que j’avais maintes fois constaté sans y prêter attention.
Au départ le désir est sans objet, il se manifeste comme un élan pur vers l’union, car sa " nature " est de s’unir au principe dont il est issu.
C’est au sortir de son terreau originel, dans l’espace de nos conventions humaines que le désir cherche un objet à embraser, tel un affamé qui se jette sur tous les mets sans retenue.
C’est à " l’air libre " que le désir s’aveugle de toutes les sollicitations, de toutes les occasions de s’éprouver, de faire toutes les expériences au risque de confondre les moyens pour le but et d’oublier son innocente intention.
Je prends pour exemple le moment où je médite.
Presque immédiatement mes pensées sont comme des abeilles éprises de butiner ici et là au gré des images naissantes dans mon esprit.
A peine la tranquillité installée que surgit une chose à faire, une autre oubliée que je me dois de reprendre, telle autre impérieuse qui réclame mon attention, ainsi de suite…
Toutes semblent avoir pour unique fonction de me faire sortir de mon état, de m’égarer, me dissiper.
Si je n’y prête garde et que je les laisse pour ce qu’elles sont, c'est-à-dire des distractions, je suis bon pour m’agiter pour n’importe quelle cause, et fini l’ataraxie tant désirée.
Alors c’est la dispersion et l’élan se consume tel un feu d’artifice, laissant dans mon âme piteuse un arrière goût d’inachèvement.
C’est probablement cet aspect du désir qui fait peur à nombre de philosophies et de religions qui l’on promptement évacué.
C’est peut-être pourquoi, refoulé, il revient plein des immondices dont on l’a chargé, celles là mêmes que les images télévisuelles se plaisent à nous montrer les horreurs.
S’il est canalisé le désir retrouve, même dans les circonstances les plus triviales, le chemin de sa source qui n’est autre que la félicité de la permanence.
Il s’agit de lui donner de la hauteur, de le déconditionner de ses occurrences trop matérialistes et consuméristes et lui assigner un but plus vaste que le moi.
Le désir est trop encombré de préjugés, de morale, d’idées fausses qui nous empêchent d’y voir la trace divine qui se cache en son sein.
Le vrai élan du désir n’est pas de se laisser aller à faire n’importe quoi, mais il s'agit de l'épurer, de le débarrasser de la gangue de honte dont il est affublé afin de le laisser libre de s’unir naturellement à l’absolu dont il est l’émanation.
Ce que j’écris là, sans être certain d’être bien clair, n’est pas nouveau.
Certaines traditions on perpétué la trace du désir comme moteur de transformation, je pense au tantrisme, à l’alchimie entre autre.
L’enseignement d’Appel-Guéry en donne des aperçus tout à fait novateurs qui replacent ces notions dans une perspective globale de redimensionnement de l’être humain.
A l’aube du XXIe siècle il est indispensable d’avoir une vision synthétique de notre rôle d’être humain si nous voulons résoudre les enjeux planétaires auxquels nous sommes confrontés.
Des enjeux qui ne sont pas étrangers à notre représentation du monde issue de notre culture, elle-même héritée de notre tradition judéo-chrétienne.
C'est aussi cela qu'il faut revisiter, réinventer, recréer en permanence afin de voir le monde comme si c'était la première
fois, avec le désir virginal de l'aimer.