Il y a une attitude très contemporaine qui affecte tous les domaines; c’est celle du consommateur.
Le consommateur évalue chaque chose à l’aune d’un coût, qu’il soit réel ou symbolique, sous l’angle d'un rapport économique.
Il pose comme équivalence que tout a un prix. Ainsi c’est moins la qualité qu’il recherche, et à travers la durée, que la satisfaction immédiate de combler son désir à moindre coût.
Le monde devient une marchandise, les biens physiques, culturels, spirituels, les individus mêmes, sont indexés sur la loi de l’offre et la demande, tout s’achète, se vend, s’échange. Nietzsche avait saisi le caractère dramatique d’une telle démarche dans sa formule "Tout ce qui a un prix n’a pas de valeur ".
Mais le monstre froid du progrès à tout prix avance triomphalement sur les cendres de sa croissance, réduisant l'être humain au rôle de con-sommateur.
"Le temps c’est de l’argent" clame le chantre du capitalisme. Son épigone devient un individu pressé qui court au plus vite vers le moins cher, le plus facile.
Le consommateur est conduit à être un individu lisse, glissant à la surface à des choses, uniquement préoccupé par son pouvoir d’achat et l'assurance de pouvoir faire ses courses en toute sécurité et tranquillité.
Les technologies se mettent à son service, on le trace, on le traque, on le géo-localise, on le dissèque en catégories atomiques pour l’analyser sous tous les angles afin de satisfaire en temps réel ses envies.
Cette mentalité s’immisce dans tous les domaines, le spirituel n’échappe pas à son emprise. Le consommateur est avant tout un client. Et le client est roi !
Si quelque chose ne lui plait pas, il zappe. C’est son propre goût que l’on doit respecter, même si celui-ci lui est dicté par de mauvaises habitudes, pas d’autre instance que le moi-je !
Ce n’est pas à lui à s’adapter au monde c’est au monde à s’adapter à lui.
C’est ce qu’on bien comprit les marchands du temple qui rivalisent d’astuces pour flatter l’ego du client. Les tours opérateurs du "New-age" mijotent de jolis petits circuits faciles et pas chers, le consommateur est chiche il investi peu, pour les touristes de la spiritualité. Un petit stage ici, une conférence là, rien de bien méchant pour l’ego qui ouvre la fenêtre sur l’horizon de sa suffisance qu’il connait si bien et qui le rassure.
Ensuite le consommateur peut briller dans la mondanité, il a lu sur internet, il a vu sur "youtube", il a entendu à la télé. Il sait !
Plus besoin d’engager son corps pour faire l’expérience, on lui livre à domicile un plat tout fait, le prêt à penser fait crédit d’authenticité, la vie devient beaucoup plus supportable.
Et son opinion, il est certain que c’est la sienne, enfin il s’en rassure, beaucoup plus solide puisque partagée par la masse, l’indice de satisfaction faisant foi.
En contre partie de cette appétence consommatrice on voit poindre une proportion de plus en plus grande de gens obèses dans les sociétés riches. Soit les raisons sont génétiques, soit c’est le fait d’une alimentation trop riche, d’un manque d’exercice, d’une sédentarisation ou d’autres facteurs… En tout cas le symptôme d’un dérèglement, d’une indigestion manifeste qui pousse l’être à un état d’immobilisme croissant dont les enjeux ne sont pas encore pleinement perceptibles mais qui annoncent une forme plus aboutie et pernicieuse de dépossession de soi.