Toutes les traditions le disent, le monde est apparence, illusion.
Le bon sens populaire dit aussi qu’il ne faut pas se fier aux apparences.
Elles sont trompeuses, changeantes et pourvoyeuses d’une fraction seulement de la réalité.
C’est le monde conventionnel auquel nous sommes formés par le langage, l’éducation, la culture et qui fonde nos représentations.
Derrière, il y a un monde plus subtil, que l’on pourrait qualifier d’énergétique tant il coule dans les interstices du réel que seuls ceux qui ont des yeux pour voir peuvent appréhender.
Les yeux de la sensibilité, le regard de l’âme qui perçoit que la forme n’est qu’une conséquence, une sorte d’agrégat autour d’un noyau vibral.
On peut s’en rendre compte lorsque par exemple dans un lieu quelconque l’on ressent quelque chose d’inhabituel, une sorte d’intuition nous traverse, une pensée fulgurante qui laisse une trace de vive émotion, à laquelle bien souvent on ne peut donner une explication claire.
Par exemple faire un tour dans le cimetière du père Lachaise, ou autre, et vous ressortez rompu, comme si plein d’entité s’étaient accrochées à vous et vous pompent.
Ou lorsque quelqu’un nous dit quelque chose d’anodin et cela déclenche en nous une réaction étrange, irrationnelle, que nous ne pouvons comprendre.
Ou des inconnus que l’on croise et que l’on recroise dans des circonstances imprévisibles.
Le quotidien est continuellement rempli de ces faits et impressions ténues auxquels nous ne portons qu’une attention vague et passagère, voire que nous ignorons totalement.
On peut aussi s’apercevoir qu’un désir quelconque qui se loge dans notre tête, fini par se condenser et prendre une forme sur laquelle va se porter notre désir.
Pourtant nous savons bien que cette forme n’est pas le désir, mais une cristallisation, une émergence qui n’est qu’un support transitoire qui masque la nature véritable du désir.
L’enjeu est de se saisir de ces images, de les regarder pour ce qu’elles sont, une apparence, un voile qui cache l’entièreté du réel.
Cependant toute cette apparence nous délivre une information sur ce que nous sommes, comme une sorte d’écho radar qui signale des niveaux de densités différents.
Selon la façon dont nous réagissons nous pouvons voir les couches que cela affecte en nous.
Plus ou moins dense ou dure, profonde et large, difficile à déplacer ou à corriger, cela nous renseigne sur l’état de nos accrochages, sur ce qui nous tient et nous retient dans ce monde.
Là est l’attention à porter, voir et comprendre, le véritable travail de transmutation dont l’enjeu est finalement de se libérer totalement du poids de la matière.