La fièvre m’accapare.
Elle ratatine mon corps comme un fruit flétri.
Et me conduit en un lieu à la fois redoutable et familier.
Intime, personnel, resserré, où il n’y a plus ni faux-semblant ni illusion.
Un espace où la vie apparait sans que j’y sois pour quelque chose.
La raison se plie à celle du corps qui ne triche pas.
Il assène sa vérité sans artifice, sans complaisance ; la seule urgence c’est la vie.
A travers mes yeux vitreux j’assiste à un règlement auquel je m’abandonne.
Mon corps sait mieux que moi ce qu’il a à faire.
Je me contente de l’accompagner, tout en suivant dans ses multiples tressaillements le redoutable affrontement.
Toutes mes forces sont convoquées, requissent sans délai pour contrecarrer la progression de l’intrus, ne reste qu’un petit filet de conscience qui me rattache à la présence du monde.
Je ne sais comment s’en sortira une nouvelle fois ce corps fidèle.
Toutes ces attaques sapent un peu plus ses forces.
Un jour lui aussi s’abandonnera au grand jeu de la métamorphose.
En vieillissant je m’embellis.
Si je meurs aujourd’hui, ce sera en majesté.