L’avidité, dont les sagesses antiques ont tenté de conjurer les effets, se manifeste au grand jour dans notre société de consommation.
Elle est encouragée par le flot de publicité qui nous inonde en tentant de nous faire croire que notre bonheur se réalise dans l’acquisition de biens.
Nous voilà prit dans un engrenage de besoins à satisfaire sous peine de se voir dévalorisé et n’être plus bon à rien, privé de pouvoir d’achat.
Mais l’avidité revêt divers masques sous lesquels elle poursuit son entreprise délétère non seulement sur les biens matériels mais aussi sur les biens culturels, affectifs, relationnels, spirituels. . .
C’est de règne de la démesure et de la surenchère, du toujours plus ; plus d’émotion, plus de pathos, plus d’information, d’excitation, de sensationnel, d’effets spéciaux, de gros budget, de mise en scène spectaculaire.
On ajoute, on surajoute : ici un texte, là une image, et là encore une musique ou un film pour combler un vide qui effraie.
L’espace est saturé à mesure que le sens est congédié.
Là où le silence, l’évidence, l’émotion vraie se suffit à elle-même, le fragile édifice est dénaturé par une avalanche d’artifices qui cache mal une angoisse à exister.
A force de prêter trop d’attention à la futilité nous devenons des objets satellites en orbite autour d’un centre de gravité de nullité qui nous entraine toujours davantage en dehors de nous-mêmes.
" E. Morin fait remarquer que la surinformation, l'avalanche d'informations qui nous inondent par tous les canaux médiatiques, décompose nos grilles idéologiques et accroît l'effet de crise qui se traduit par une augmentation de nos incertitudes.
" Le réel et le nouveau font toujours irruption dans la théorie et la croyance sous forme de dérèglement et de rupture" (p.43). Les informations surgissent toujours dans la rationalité sous forme d'irrationalité.
Pourtant, ajoute-t-il plus loin, "nous avons besoin d'excès d'information" (p.43) : nous avons eu besoin de déjouer le rationalisme, de désenliser une pensée trop bien rodée qui prétendait tout expliquer, tournant sur des principes qu'aucune anomalie ne devait plus venir déranger.
Sans l'effraction des informations nouvelles qui bousculent la routine, l'idéologie se sclérose et le besoin de rationalité se fige en rationalisme.
L'information est l'antidote de la tendance naturelle (paresseuse) de l'idéologie à se clore sur elle-même, à se fermer en doctrine assurée, à se blinder en dogme indiscutable qui tourne à vide.
Dans une pensée dogmatisante, seules sont entendues les informations qui viennent confirmer la théorie : mais elles ne font plus qu'un ronron rassurant, elles ne font pas penser.
Elles forment une langue de bois.
Au contraire, quand les informations qui donnent à penser ont ébranlé nos théories, que nous n'avons plus de cadre pour leur donner sens, ces informations ne font plus que du bruit – une sorte de chahut tout aussi inaudible que le ronron, mais déroutant et inquiétant, insécurisant.
Et plus notre insécurité est grande, moins nous trouvons la force de penser.
La modernité a voulu se libérer des dogmatismes, et elle nous a plongé dans l'incertitude.
Nous nous sommes libérés du ronron, mais nous sommes envahi par le bruit d'informations chahutantes dont ne savons plus que faire."
E. Morin, Pour Entrer dans le XXIe siècle, Seuil, Points Essais, 2004.
A chacun de surveiller ce qui le construit, l’élève, le fortifie, d’édifier sa propre vie en œuvre d’art et de simplifier son rapport à Dieu.
Sans oublier de faire sien cette belle maxime de V. Hugo : "Ami, cache ta vie et répands ton esprit."