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Journal d’un Métaphysicien de passage.

Journal d’un Métaphysicien de passage.

Déambulations, soliloques, billevesées et autres histoires à dormir debout.


Tramuntana.

Publié par konrad sur 23 Avril 2012, 09:25am

Catégories : #Ma prose en 2012

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Moebius.

 

J’ai mis l'essentiel dans le sac, l’abri, le matelas, le duvet, une gourde, le réchaud à gaz, de quoi manger pour cinq jours.

Le reste je le porte sur moi.

 

Tout est éteint, le silence immobile des choses retrouve son sommeil originel.

La clé sous la porte, je pars m’illuminer sous d’autres cieux.

 

Les premiers pas encore entravés par les habitudes sédentaires sont hésitants, gênés par cette soudaine liberté qui s’offre à eux.

Il faut s’élancer, mettre de la distance d’avec le chant des sirènes qui rappelle au confort, s’efforcer de ne plus laisser prise aux injonctions de tous ceux que l’errance ou le nomadisme effraie.

Avancer encore un peu plus pour que la pesanteur ne puisse plus vous rattraper.

Hors de la ville et du tumulte, un autre monde s’offre aux sens.

 

Il n’y a plus que moi et la côte ardue qui me fait face.

Elle m’engage sans plus d’égard à l’effort.

Monter sans autre choix, gravir pas à pas ce vers quoi m’inspire un désir encore confus.

Souffler, peiner, transpirer, le temps s’étire en lacets interminables vers un sommet qui semble s’échapper à mesure qu’on s’en approche.

Le corps soumis à pareil épreuve réveille de vieilles plaintes.

Les muscles, les articulations, les ligaments, la respiration, crient leur douleur.

Les pensées elles-mêmes se joignent au chœur et tourbillonnent telles des mouches affolées autour de ce projet insensé.

 

Enfin le col !

L’air y est plus vif, plus clair et dégagé.

Je saisi du regard cet espace limpide, ouvert dont les limites embrasent de ferveur mon imagination.

Il y a là quelque chose d’intense, de fantastique, d’originel, d’inexprimable.

Le chant secret du monde qui résonne tel un mantra dans le cœur de la création.

Instant magique et mystique où l’unité de l’être refait l’alliance avec la permanence.

Il n’y a plus de séparation, de différence.

La pulsation du vivant irrigue la terre et le cosmos d’un même rythme.

Je pressens pourquoi je suis là.

 

Il va falloir trouver un endroit de bivouac pour la nuit.

Pas facile dans ce champ de pierrier jalonné d’herbes rases.

Le sommeil est agité malgré la fatigue, par les gémissements du corps qui n’arrive pas à trouver le repos.

 

Il faudra trois jours pour que celui-ci résorbe les courbatures et retrouve une aisance naturelle.

Qu’il se libère et trouve la joie spontanée qui l’habite.

Les pensées suivent le même cours, à mesure que le corps gagne en souplesse, celles-ci gagnent en fluidité à tel point qu’il est difficile de dire qui de la pensée ou du corps nait en premier.

 

J’en souris.

C’est ma méditation, chaque pas est une avancée à la fois terrestre et céleste.

J’accède à de nouveaux paysages physiques autant que mentaux.

L’inspiration d’une idée fait naitre la courbe d’une vallée ou d’un champ d’oliviers.

Le sol constellé de roches fait naitre un ciel étoilé illuminant ma nuit.

 

Un tout s’organise dans lequel je suis une partie.

Mon corps s’enthousiasme et ma pensée s’éclaire.

Je crois être seul et cependant mille signes ténus indiquent le contraire.

Je rêve tout haut au rythme de mes pas.

 

Tout bonheur a sa limite, tout sentier sa fin, tout chemin son but.

C'est précisément cette limite qui lui donne sa force, son intensité et son charme.

Il se poursuit sous d'autres auspices, s'alimente à d'autres combustibles, pour peu que le moteur de la curiosité, du questionnement, de la quête de l'absolu ne soient pas entravés.

 

Demain je vais retrouver le monde et j’irais voter.

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