Photo de Joakim Eskildsen.
Ne dirait-on pas un village enchanté ? Surgi de nulle part et de partout ?
Un village de conte de fées au charme suranné, qu’une lumière crépusculaire nimbe de mystère ?
Mais les fées semblent parties depuis longtemps, laissant les hommes à leur sort.
L’atmosphère qui s’en dégage me donne une impression de familiarité, comme si cette terre ne m’était pas inconnue.
Une terre de paysan faite d’âpreté, de labeur articulé autour d’un quotidien frugal et de silence recroquevillé sur son lopin d’existence.
On ne tire pas richesse de pareille condition, la terre ne livre qu’une subsistance de piètre consolation.
Une secrète connivence me lie à leur histoire dont je mesure l’étendue à la surface de ma mémoire.
Elle charrie la mélancolie d’un regard porté sur un horizon lointain qui raconte la migration des hommes.
Leur lente pérégrination à travers les âges pour échapper à un destin funeste, jusqu’à cette halte définitive où s’établir et jouir du peu que distille une culture parcimonieuse.
Cependant il y a aussi des gens qui s’aiment, qui rient et qui dansent.
Qui rêvent à des lendemains qui chantent et des vies prospères.
Tous ces gens, êtres humains pétris du même humus, partagent de communes espérances.
Le corps prend racine dans de multiples terreaux.
Chacun laisse une empreinte, raconte une histoire, dresse la carte d’un territoire intérieur, véritable géographie d’un continent sensible dont chaque atome, chaque molécule témoigne.
Tout cet écheveau tisse une généalogie dont nous vêtons nos représentations.
Mais l’habit ne fait pas l’être.
Pour bien comprendre cette racine qui me lie à cette glaise, il est nécessaire de bien la voir afin de la reconnaitre.
Mais surtout, de l’aimer !
En suis-je capable ? Moi qui flotte distraitement à la surface d’une modernité factice ?
Suis-je capable de faire de cette racine non pas un lien qui arrime à la glèbe, mais une sève nourrissante qui me réconcilie avec la vie et par la-même m’affranchisse de sa crainte ?