Il est des souvenirs qui ne sont pas les miens. Ils m'ont été légués en héritage, transmis en morceaux dépareillés. Ils constituent les bribes de l'histoire que je me raconte sans trop savoir qu'en faire. Lorsqu’ils affleurent je les laisse m'émouvoir, puis repartir dans leur secrète demeure.
Il en est un qui ressurgi à la vision du film de Pierre Schoendoerffer : Diên Biên Phu. Une image où le prêtre récite la prière du para aux hommes qui s'embarquent pour sauter dans cette cuvette qui sera, pour la plupart, leur tombeau.
J'ai retrouvé cette prière dans un polar que je découvre : Le cycle clandestin de DOA. Les raccourcis de l'histoire sont surprenants mais je ne vais pas chercher à donner du sens à ce clin d’œil. Je lui adresse un salut bienveillant et un au revoir amical. Il flotte dorénavant dans un espace où le temps est aboli, celui-là même où cette prière résonne.
Je m'adresse à vous, mon Dieu, car vous donnez
ce qu'on ne peut obtenir que de soi.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.
Donnez-moi ce qu'on ne vous demande jamais.
Je ne vous demande pas le repos
Ni la tranquillité
Ni celle de l'âme, ni celle du corps.
Je ne vous demande pas la richesse
Ni le succès, ni même la santé.
Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement
Que vous ne devez plus en avoir.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.
Donnez-moi ce que l'on vous refuse.
Je veux l'insécurité et l'inquiétude.
Je veux la tourmente et la bagarre
Et que vous me les donniez, mon Dieu,
Définitivement.
Que je sois sûr de les avoir toujours
Car je n'aurais pas toujours le courage de vous le demander.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.
Donnez-moi ce que les autres ne veulent pas.
Mais donnez-moi aussi le courage
Et la force et la Foi.
Car vous êtes seul à donner
Ce qu'on ne peut obtenir que de soi.
La prière du para.
Asp. André Zirnheld.
Officier parachutiste de la France Libre.
Mort au champs d'honneur en 1942.
Moi-même.
