(Anonyme)
La vie de madame Irma s’effiloche en longs soupirs que de maigres sourires ravaudent avec peine.
Elle se remet difficilement de ce monde qui l’a largué pour lui préférer une petite écervelée qui répète à longueur de journée : " J’aime, j’aime pas. J’aime, j’aime pas. . . "
Madame Irma n’a pas facebook ni de Ipad. Elle n’est pas connectée.
C’est juste une vieille cruche fait d’une terre trop cuite par les épreuves du temps.
Par dépit elle a rasé sa petite chatte.
Trop de poils sur la moquette dit-elle.
Pourtant elle sait bien qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre.
Une façon à elle de tirer sa révérence aux industrieux qui baragouinent à tue tête dans le poste.
Elle a renvoyé les commis, les connards et les avatars pour se cloitrer dans le silence.
Son regard égrène les heures qui se lamentent comme des nones en procession, tandis que l’horloge balance nonchalamment son tic-tac au rythme de ses pas qui balaient l’appartement.
Un thé, un livre aux pages jaunies, un canapé fatigué forment son triangle des Bermudes dans lequel elle aime à disparaitre.
A tous ceux qui manifestent leur indéfectible volonté de changement, elle répond par la probité d’une vie sans fard.
Ce panache heurte la sensiblerie des sots qui s’affligent de voir le vide de leur boite mail.
Madame Irma, anonyme parmi la cohorte des invisibles n’a rien d’autre à rajouter que la dignité de son dédain pour le superfétatoire.
Cela étant dit il ne reste qu’à tirer le fil de son imaginaire vers des horizons sans commune mesure avec ce que l’on nous donne à voir ici et là.
Et comme l’a répété à satiété le philosophe Proxyphalos : " Natura nihil frustra facit. "
Sur ce, bonne nuit.