(Magdalena Wanli. Photographe.)
Quel ne fut pas mon étonnement de constater que sur la vingtaine de personnes présentes chacune avait vécu une expérience insolite et mémorable.
Pour l’une ce fut un dédoublement au cours duquel elle se voyait en pleine journée, depuis les airs, marcher en compagnie d’un membre de sa famille.
Pour une autre ce fut de voir un parent décédé, tel autre une " rencontre " avec trois personnages " humanoïdes ".
Cet autre percevant la pulsation soudaine de son chakra cardiaque avec la sensation d’un amour fort et sans objet tout en la différenciant nettement d’une émotion.
Celui-là répondant à une intuition sorti sur le balcon et assista à un ballet de lumières surprenant lequel fut suivi par le vacarme d’avions de chasse.
Telle autre, notant les coïncidences troublantes d’une amie chaque fois que quelqu’un lui lisait les lignes de la main, assista à une scène tragique au moment même où elle lui regardait la paume.
Telle autre se voyait endormie depuis le plafond de sa chambre.
Celui-là ayant des rêves prémonitoires qui se réalisèrent, et ainsi de suite. . .
Chacun venant d’horizon familial, social, culturel, cultuel différent, chacun d’âge et d’expérience diverse.
Probablement pas un échantillon représentatif de la population puisque chacun, suite à ce type d’expérience s’est mis à vouloir comprendre, mais des individus ordinaires.
N’en tirons pas de conclusions hâtives, ni dans le sens d’un excès de rationalisme qui tenterait d’étouffer tout ce qui sort de son cadre de référence, ni dans le sens d’une explication trop simpliste d’une réalité complexe.
Il apparait cependant un évènement, un surgissement dans la conscience qui incite à penser que nous ne sommes pas que ce que nous croyons être.
Nombre de gens ont certainement vécu un type d’expérience analogue, bien vite rangé dans le tiroir des incohérences et des invraisemblances.
Se voir autrement qu’un individu normé aux impératifs de productivité et de compétitivité, soumis aux désirs du pouvoir d’achat, n’est pas chose facile.
Cette habitude longtemps réitérée de combler le vide qui apparait dans l’interstice du questionnement par un comblement immédiat de besoins fictifs, au mieux nous soulage-t-elle de l’angoisse d’être, au pire nous plombe-t-elle toujours davantage à la folie consumériste.
Peut-être faut-il plus d’espace où se déploie le respect et l’écoute de cette sensibilité qui ne nous est pas étrangère et qui tente par divers moyens de briser l’opacité de notre entendement.
Reprendre conscience de ces éléments qui nous composent c’est se saisir de ce qui nous fonde en totalité.
Il redevient urgent de sortir de tous les " isthmes " qui nous arriment aux concepts infertiles afin de retrouver une inspiration fécondante et une liberté joyeuse sur des sols plus harmoniques.