À l’époque j’étais jeune moniteur de colonie de vacances.
J'animais, parmi d'autres, un camp de vacances dans le sud de la France.
Durant les jours précédents nous avions construit avec les enfants des cabanes dans le sous-bois.
Des cabanes rudimentaires faites de branches mortes et de feuillages épars, assemblés en formes improbables tenant lieu d’abri.
Nous étions heureux et excités de participer à une aventure inédite, dans laquelle chacun tenait un rôle unique et primordial.
Ce souffle épique nous insufflait de l’enthousiasme et de la bonne humeur.
Il était convenu que nous y passerions la nuit.
Le soir venu, nous avons fait un feu autour duquel nous revisitions à notre manière les gestes originels que nos ancêtres humains ont posés des millénaires durant.
Autour du feu, nous retrouvions inconsciement les premières traces de l'humanité.
Les pommes de terre cuites dans les charbons ardents avaient le goût délicieux des choses simples faites soi-même.
Au moment où le feu déclinait comme fatigué d’avoir trop brulé, j’eu l’inspiration de me lever et de faire quelques pas vers une clairière.
Je levais les yeux au ciel, émerveillé de sa limpidité, brillant d’étoiles, constellé de braises incandescentes.
Apparu soudainement, surgie de nulle part, une boule de lumière blanche.
Sa taille et sa clarté ne permettait pas de la confondre avec quelque phénomène existant.
Elle avait une trajectoire rectiligne et une vitesse assez lente.
Puis elle s’immobilisa subitement, se dilata extraordinairement de plusieurs fois sa taille en prenant une teinte orangée, cela dura le temps d’une profonde inspiration, puis elle reprit sa forme initiale, poursuivi son chemin et disparu comme elle était venue, par enchantement.
Je restais les yeux rivés au ciel, interdit, totalement immobile, pétrifié, contemplant sans pensées ce qui advenait.
Le temps paraissait suspendu, éternellement contenu dans les secondes qui s’égrenaient autour de moi.
J’eus une forte démangeaison au sommet du crâne et l’intuition soudaine, évidente contre toute raison, que cet ovni était venu pour moi.
Qu’un rendez-vous tacite avait été prit au cours duquel une secrète reconnaissance s’était faite, tels deux compagnons qui se croisent par hasard dans un pays étranger après une longue absence et se saluent cordialement.
Je revins au camp où l’heure était venue d’aller se coucher.
J’étais trop absorbé en moi pour dire quoi que ce soit.
De plus, l’évènement était à la fois trop intime, trop abrupt et inconcevable pour que je puisse le raconter.
Je n’ai pas retourné l’évènement dans tous les sens pour le faire apparaitre différemment qu’il me fut donné de le voir.
Je n’ai fait que réfléchir ce que j’ai vu, et quoi qu’insensée puisse paraitre cette pensée c’est ainsi qu’elle m’apparait.
Il y a des évènements dans la vie qui laissent des traces durables et quels que soient les efforts que fait notre raison pour les expurger, au besoin en les travestissant sous d’habiles rhétoriques, ils sont la manifestation que le réel est plus vaste que nous le pensons.
Moi-même.